Un informaticien employé à la verrerie de Givors pendant 23 ans, vient de nous quitter, emporté par un cancer des poumons à 74 ans. Il avait été reconnu en maladie professionnelle au tableau n° 30 par la Sécurité Sociale, il y a quatre ans, pour des « affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante ».

L’amiante soit-disant disparue depuis le 31 décembre 1996, réapparaît quelquefois au détour d’un atelier, dans un placard car – même cancérogène – c’est bien pratique pour se protéger de la chaleur. L’analyse des locaux et ateliers en fait encore surgir partout : dans les toitures, les sols, les cloisons, etc. Y compris en état d’effritement, le plus dangereux pour les poumons.

Ce technicien a été responsable informatique, fonction créée suite aux décisions stratégiques au niveau groupe consistant à l’utilisation d’outils modernes pour améliorer les performances et la mise en place d’une informatique de gestion unique répondant à tous les besoins de l’entreprise (SAP) et des moyens de communication de type messagerie et Internet, tout en s’affranchissant des problèmes potentiels liés au passage à l’an 2000. Il avait déjà travaillé, avant 1999 dans la fonction « développement », sur la mise en place d’un système informatique basé au secteur froid avec une remontée d’informations en secteur fabrication, mais les nouveaux projets nécessitaient l’installation de deux réseaux plus performants : un réseau « informatique industrielle » couvrant tous les secteurs du process, auxquels seraient connectés toutes les machines et systèmes capables de fournir des informations en installant les interfaces nécessaires, et permettant l’utilisation de ces données, grâce à des applications spécifiques à chaque secteur, sur des PC disposés près des postes de travail. Un deuxième réseau « Gestion » regroupant tous les postes bureautiques situés essentiellement dans le bâtiment administratif mais aussi dans les services expéditions, magasins, ateliers, moulerie (poste 12), etc.., une passerelle entre les deux réseaux permettant de multiplier les possibilités, notamment l’installation de postes « Gestion » sur le site de production. Dans cette fonction, il a passé du temps dans tous les secteurs lors des chantiers, pour piloter les entreprises et participer aux phases de mise en œuvre. Ensuite son temps a été partagé, entre les salles de contrôle protégées abritant les serveurs et les interventions quotidiennes en tout point de l’usine, bureaux et process, soit 5 serveurs et plus de 100 PC. Deux principales applications process : l’une répartie entre secteur froid (poste 11) et machines de fabrication (poste 6) l’autre en fusion (poste 2) près des fours. (NdR : les postes 12, 11, 6 et 2 font référence au schéma de fabrication établi par l’association pour répertorier les risques industriels sur l’ensemble du process).

L’intéressé ne s’était pas vu remettre une attestation d’exposition à l’amiante par la direction de la verrerie, à la fermeture. Sans doute pour les mêmes raisons exprimées par la direction d’O.I. Manufacturing justifiant le refus de délivrance à d’autres anciens verriers : « Vous nous avez transmis par lettre recommandée une ‘‘demande d’attestation d’exposition à l’amiante dans la verrerie de Givors’’. Vous indiquez dans votre lettre ne pas avoir eu une attestation d’exposition à l’amiante et vous sollicitez cette attestation. Nous devons vous préciser qu’il résulte de l’examen de votre dossier personnel, que vous n’avez pas été bénéficiaire d’une attestation d’exposition àl’amiante, les postes que vous aviez occupés n’ayant pas été identifiés comme susceptibles d’exposition au risque d’inhalation de poussières d’amiante. Par ailleurs, le site étant fermé depuis 2003, nous ne sommes plus en mesure de délivrer d’attestation. Nous vous invitons à vous rapprocher, le cas échéant, des services de l’Inspection Médicale Régionale du Travail à Lyon qui détient votre dossier médical. » Ce qui s’avère inexact, les dossiers médicaux sont restés à l’AGEMETRA.

Le technicien informaticien qui vient de disparaître, classé « non fumeur » par le médecin du travail tout au long de sa carrière, soit-disant non exposé à la poussière d’amiante selon l’employeur, vient cependant de mourir prématurément de cette fibre tueuse. Il convient d’observer qu’avant de mourir et après sa reconnaissance en maladie professionnelle, cet ancien verrier avait engagé une procédure contre son ancienne entreprise pour « faute inexcusable ». Mais, convient-il de noter, le recours fut enregistré par le Tribunal des Affaires de Sécurité sociale de Saint-Etienne en décembre 2018… Il y a 31 mois ! Et l’on attend encore la fixation de la date d’audience… On n’est pas dans les procédures dites de « comparution immédiate », employées contre les manifestants exigeant le respect des droits des salariés.