Lors de la fermeture de la verrerie de Givors, en janvier 2003, la direction aurait dû remettre à chaque salarié une attestation d’exposition aux agents chimiques dangereux pour la santé, comme l’impose l’article R4412-58 du Code du travail. Mais il n’en a rien été. On connaît les nombreux postes exposés à l’amiante à la verrerie pour lesquels quelques attestations ont été remises à quelques travailleurs. Mais aucune attestations d’exposition aux produits chimiques n’a été remise. Cependant, les risques sont identifiés et ne sont pas mineurs.

Voici un témoignage écrit en décembre 2019 par un salarié du département 12 « réparation machines et changements de fabrication » appelé à intervenir sur le traitement de surface : « Je me souviens d’une situation vécue dans les années 1990 à la verrerie. Un matin où je devais participer au changement de fabrication de la machine 81, en 10 sections à l’époque, je prenais ma caisse à outils et je descendais la rampe pour me rendre en fabrication. Lorsque j’arrivais à la 81, qui était arrêtée et nettoyée, il n’y avait sur place que le collègue qui s’occupait des traitements de surface à chaud. Je posais ma caisse à outils sur la machine, côté ébaucheurs, et décidais d’aller saluer les mécanos des machines du four 8. A ce moment le collègue des traitements de surface à chaud se mettait à souffler dans la hotte de traitements pour la nettoyer, ce qui provoquait un énorme nuage de poussière qui me faisait fuire en sens inverse, ce qui le faisait sourire. Quelques années plus tard, il se mettait à cracher le sang et encore plus tard, mourrait d’un cancer du poumon. Si j’évoque cette situation, ce n’est en aucun cas pour incriminer ce collègue mais pour mettre en évidence qu’à la verrerie de Givors, il n’existait pas de culture de sécurité. »

La direction de la verrerie prend des mesures pour préserver la santé des émanations, en 1993 seulement.

Hotte de traitement de surface à chaud (500-550°). Dès la sortie de machine et surtout durant le transport et sur les chaînes de conditionnement la surface des articles en verre est soumise à de nombreux traumatismes (rayures, abrasions, etc.) qui affaiblissent de façon importante les propriétés mécaniques du verre. Pour remédier à ces dégradations, les articles subissent sur la ligne de fabrication divers traitements de surface. Les traitements à chaud couramment appliqués sont des oxydes de titane ou des oxydes d’étain déposés sur le verre à partir de tétrachlorure de titane et d’étain, ou à partir d’organo-titane et d’organo-étain. Ces constituants sont appliqués à l’intérieur d’une hotte dans laquelle circulent les vapeurs des produits réactifs. Ces hottes ne sont pas hermétiques et, quotidiennement, les conducteurs de machines doivent les soulever pendant les changements de fabrication pour nettoyer les divers organes de pulvérisation, décrasser les buses et les souffler à grand air, à la soufflette, polluant largement l’atmosphère alentour. Les vernis sont souvent constitués à partir de mélanges de produits, pour lesquels on ne connaît pas le degré de toxicité. Cependant identifiés tels dans les « fiches de données de sécurité » des produits : Titane TICL4 (C-corrosif, UE) ; IPET L71.81.83 ; Diépal ; Etain ; Polyglass EC45 ; Polyglass CT 51 (R-22, R-36, R-38, UE) ; Polyglass EC 75, (R-36, R-38, UE) ; Polyver 500 ; Tétrachlorure de titane, (C, R-14, R-34, UE) ; Tyzor IPET, (Xi, R-36, R-11).

Ces produits sont classés corrosifs, provoquent des brûlures, nocifs par inhalation, irritants pour les yeux et les voies respiratoires supérieures. Il existe des masques respiratoires à cartouches spécifiques qui sont obligatoires mais rarement utilisés car inadaptés à l’emploi. Les soufflettes pour dépoussiérer le Titane dispersent la poussière et ses risques dans l’atelier, bien au-delà du poste de travail. La hotte dont il est question ici est percée, pas hermétique, comme le souligne le débat au CHSCT de l’entreprise du 17 mars 1998 : « on respire beaucoup de vapeurs de produits chimiques en fabrication, titane, étain. En effet, les vapeurs ne sont pas complètement aspirées par les hottes d’aspiration et souvent cela déborde de tous les côtés. Le titane nécessite une protection complète du corps, hors on n’a pas cela à l’usine… Ces produits en s’évaporant bouffent littéralement la toiture en acier… Et puis il y a aussi le problème de ceux qui nettoient les hottes deux fois par jour ».

Si le combat des verriers de Givors est devenu une « affaire sensible », selon l’émission de Fabrice Drouelle, sur France Inter, c’est qu’il met en évidence les conditions réelles de travail et les risques avérés pour la santé des travailleurs : 11 décembre 2017 https://www.youtube.com/watch?v=iXmQHHWQUQ4&t=28s