« Sur la piste des 60 % de causes non-identifiées » de cancer, le département Prévention cancer environnement du Centre Léon-Bérard mène depuis dix ans plusieurs études sur les facteurs de risques environnementaux, en particulier les polluants et les pesticides (Le Progrès du 11 avril). Cette recherche est sans doute louable, même si le consensus sur les causes de 40 % des cancers n’est pas si solidement établi qu’il paraît à partir des modes de vie : tabac 20 %, alcool 8 %, alimentation 6 %, surpoids-obésité 6 %. En avril 2019, l’Assurance maladie risques professionnels ajoutait à cette liste les expositions professionnelles des hommes à 6 % et des femmes à 1 %. Restaient 53 % d’inconnu.

On peut s’interroger sur la part du tabac, alors que les causes de cancers du poumon, résultat de l’exposition aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), peuvent provenir du tabagisme, mais aussi de l’exposition aux fumées d’hydrocarbure dans une multitude de postes de travail. Sans oublier les 100 000 morts annoncés, dus à l’exposition à l’amiante avec beaucoup de cancers du poumon et des voies aérodigestives supérieures, comme le tabac. Le diabète et l’obésité peuvent aussi être la conséquence des conditions de travail. Quand à l’alimentation il faut aussi poursuivre les recherches sur les conséquences des pesticides qu’elle véhicule dans le corps humain.

L’évolution des cancers dans notre pays ne permet pas de laisser le monde du travail en zone d’ombre. En 1980, 170 000 cancers étaient diagnostiqués, en 2018 il y en avait 382 000, selon Invs-SPF. Une croissance constante et inquiétante. Selon l’enquête Sumer 2017, 33 % des salariés étaient exposés à au moins une substance chimique, dont 15 % à au moins trois substances chimiques. Cette exposition des salariés aux risques chimiques et cancérogènes croît sans cesse puisqu’en 2010 on comptait 12 % de salariés exposés aux cancérogènes (17 % d’hommes et 5,9 % de femmes), 3,5 % à au moins deux cancérogènes et 1,2 % à au moins trois cancérogènes (SPF-BEH 13/06/2017). On constate une constante augmentation de la polyexposition avec des risques inconnus mais multipliés (INRS, 12/2020). Ajoutons à cela l’effet de la chaleur, du stress et le travail en horaires décalés – deux salariés sur trois travaillent selon des horaires « atypiques » (Dares, mai 2009) modifiant le cycle circadien aux conséquences biologiques.

C’est aux sources de production et de manipulation des produits toxiques qu’il faudrait aller chercher les causes de nombre de cancers dont le nombre croît au rythme de croissance du volume de produits chimiques utilisés dans tous les domaines : agriculture, industrie, vie courante ; l’environnement en étant la conséquence.

C’est le problème soulevé par le représentant des verriers de Givors, lors d’une conférence de presse tenue au Centre Léon-Bérard (Le Progrès,16/10/2013) mais dont l’intervention avait été qualifiée de « hors sujet » par les organisateurs. Les anciens verriers étaient auteurs d’une enquête de santé dans leurs rangs y révélant dix fois plus de cancers que dans le monde du travail de ce pays. La Cellule interrégionale d’étude épidémiologique (CIRE) qui en contestait la qualité scientifique déclinait l’invitation à mener une telle enquête « scientifique » (Givors, 19/10/2009). C’est aussi le problème soulevé par le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (Remera) dont les financeurs officiels coupent les vivres, dérangés par les révélations (Emmanuelle Amar, Un silence toxique, Seuil 2019). C’est aussi le problème soulevé par le Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail (27/05/2007) d’une unité de fabrication d’hydroquinone à Saint-Fons où se développent des cancers du rein, mais à qui l’on a refusé une étude indépendante.

Les condamnations prononcées par la tribunaux pour faute inexcusable des entreprises pour manquement à une obligation de sécurité de résultat à l’égard de leurs salariés : Renault-Trucks, EDF, O.I. Manufacturing, Monsanto, etc. montrent assez que c’est sur les lieux de production, de stockage et d’utilisation de produits toxiques qu’il faut rechercher les causes de cette inquiétante croissance du nombre de cancers dans notre pays, pour y remédier.