Le nouveau plan national santé environnement (PNSE4), qui couvre la période 2021-2025, viserai à réduire les risques sanitaires liés à la dégradation de l’environnement, a été publié le 7 mai. Mais les associations en citent tout de suite les limites : pas d’objectifs chiffrés, pas de mesures concrètes, peu d’argent pour la prévention… « C’est cohérent avec le refus d’action ambitieuse de ce gouvernement » !

« La crise du Covid a souligné le lien entre santé et environnement : 75 % des nouvelles maladies infectieuses sont d’origine animale, a assuré lors d’un point presse jeudi 6 mai le ministère de la Transition écologique. Nous avons pris un temps supplémentaire dans la préparation du PNSE 4 pour prendre en compte les retours d’expérience de la crise du Covid. » Information sur les bons gestes à adopter, réduction des expositions environnementales affectant la santé humaine et celle des écosystèmes ou encore territorialisation des enjeux de santé environnementale : ce plan regroupe un ensemble d’actions visant à prévenir et réduire les risques sanitaires liés à la dégradation de l’environnement…. Ce nouveau PNSE se décompose en vingt actions allant de l’identification des substances dangereuses dans l’alimentation ou les objets du quotidien à la surveillance de la santé de la faune animale pour prévenir les « zoonoses ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 14 % de la mortalité en France est due à des causes environnementales. Cela représente environ 84 000 morts par an. Au-delà des décès, les atteintes à l’environnement sont à l’origine de nombreuses pathologies chroniques. Pour les associations, le PNSE n’est pas à la hauteur de ces chiffres. « La santé environnementale a toujours été le parent pauvre de la santé. Dans l’esprit de nos gouvernants, politique de santé équivaut à politique de soin. La prévention représente seulement 1 % du budget total de la santé. Et le dépistage, 0,5 %, regrette le vice-président de France Nature Environnement (FNE). Les conséquences sont dramatiques et le coût de l’inaction colossal. » Pour le porte-parole de l’association Générations futures, c’est « un effet d’annonce, un coup de com’. Globalement le plan n’est pas à la hauteur des enjeux ».

L’incendie de Lubrizol à Rouen et une pollution ressentie à plus de 40 km à la ronde.

Dans ce plan, on évite soigneusement de parler de l’environnement du travail où des milliers de produits toxiques et/ou cancérogènes sont mis en œuvre chaque jour. Pourtant, l’Agence européenne pour l’environnement a publié en 2011 et en 2014, deux rapports évaluant les coûts de la pollution atmosphérique émises par des installations industrielles, en Europe. Le premier rapport dresse un bilan des méthodes utilisées, pour calculer les coûts des dommages des émissions de polluants des installations industrielles en Europe, par tonne et par pays. L’étude couvre l’ensemble des étapes, de « l’approche par voie d’impact », depuis les émissions jusqu’à la quantification des impacts sur la santé et l’environnement et leur évaluation, en passant par l’exposition, ainsi que la prise en compte des incertitudes. Le rapport formule des recommandations.

Le second rapport met à jour deux évaluations de l’Agence européenne pour l’environnement, datant de 2011 et 2014. Il évalue, pour la période de 2008 à 2017, le coût des dommages sur la santé et l’environnement, des émissions de polluants atmosphériques en provenance d’installations industrielles, qui ont été officiellement déclarées au Registre européen des rejets et transferts de polluants. Les coûts marginaux des dommages (coût des dommages par tonne de polluant émis) sont calculés pour une sélection de polluants atmosphériques (PM2,5, PM10, SO2, NH3, NOx, COVNM, As, Cd, CrVI, Pb, Hg, Ni, 1,3 butadiène, benzène, formaldéhyde, benzo(a)pyrène, dioxines et furanes) et de gaz à effet de serre (CO2, CH4 et N2O), pour les pays de de l’Espace économique européen (EEE38+Royaume-Uni). Voilà des pistes qu’évite sciemment le PNSE4…

Pourtant, l’étude SIGEXPO aurait pu être aussi une source d’inspiration. Lancée en mars 2012 en collaboration avec le Centre International de Recherche sur le Cancer, a comme objectif de mesurer la présence de pesticides (herbicides, fongicides et insecticides) dans des poussières domestiques dans plusieurs départements de la région Rhône-Alpes et d’identifier les déterminants géographiques, météorologiques et domestiques de la présence des pesticides dans les poussières, afin d’élaborer une méthode d’estimation de l’exposition basée sur l’utilisation d’un Système d’informations géographiques (SIG). A partir de 700 prélèvements de poussières domestiques réalisés dans les 239 foyers, cette étude a permis de détecter 125 pesticides sur les 406 recherchés, dont 41 ont été détectés dans plus de 10 maisons ; ces pesticides ont été généralement retrouvés à de très faibles concentrations. L’analyse des données a également permis d’identifier plusieurs déterminants expliquant la présence des pesticides dans les foyers. Il s’agit notamment de la distance avec les cultures, la surface de celles-ci, la fréquence des vents dominants et la présence de barrières végétales. Mais, comme relevé par les associations, la volonté politique est absente du PNSE4.

Sources : www.ineris.fr/ ; https://reporterre.net/; www.centreleonberard.fr/