« Les patrons en salle de gavage », titre Vie Nouvelle, magazine de l’Union des retraités CGT de juillet 2021. Selon les projections financières faites en juin 2021, le recul de l’activité économique imputable à la pandémie de Covid-19 a fait perdre 4,1 milliards d’euros aux deux systèmes de retraites complémentaires Agirc-Arrco des salariés du secteur privé, en 2020. Mais la France vient de se voir accorder un prêt non remboursable de 40 milliards d’euros par la Banque centrale européenne. Ne pas verser tout cet argent au patronat permettrait de combler le déficit des systèmes de protection sociale en France.

Challenges, la revue de l’actualité de l’économie, de la finance, de l’entreprise et les échos de la Bourse, dans son numéro spécial de juillet, avec son « classement des « 500 » fortunes de France », vient souligner la coexistence de ces deux mondes dans ce pays. L’un profitant du travail de l’autre : « Le 31 mai, Les Échos annonçaient que « les grandes entreprises signent un début d’’année en fanfare. (. . .) En Europe et aux États-Unis, les bénéfices des entreprises ont dépassé de 20 % en moyenne les attentes des analystes, un record ». Le 9 juin, le même journal annonçait que « les versements de dividendes reprennent ». Les performances étaient en hausse de 55 % pour la Société Générale, de 43,5 % pour Natixis et de 31,6 % pour BNP-Paribas. En page 32, le même journal nous apprenait que « le luxe bat des records de valorisations » avec des titres en hausse de 65,2 % pour Hermès, de 46,3 % pour l’Oréal et de 39,2 % pour LVMH de Bernard Arnault, première fortune de France. »

« Croissance. Sur les dix dernières années, le nombre de multimillionnaires n’a cessé de grimper, s’appuyant sur la reprise. Ils se sont même enrichis plus vite que leurs pays : depuis 2011, leur fortune a crû de 8,4% par an aux Etats-Unis, contre +1,6% pour le PIB, de 10,2% par an en Asie, contre environ +6% pour le PIB, et de 6,2% par an en Europe, contre +0,72% pour le PIB.

« Confiance. Les ultrariches ont bénéficié de l’argent déversé par les banques centrales pour contrer la crise du Covid. Et « contrairement aux crises de 2002 et 2009, leur confiance dans l’économie n’a pas été entamée, constate Elias Ghanem, de Capgemini. ils sont restés très investis en actions, et les Bourses ont donc rebondi, particulièrement aux Etats-Unis. »

Dan son Avant-Propos, l’éditorialiste Vincent Beaufils confirme que le monde de la finance est aux anges avec la crise sanitaire : « Un cru record en pleine année Covid Mille milliards, LES CHIFFRES NE MENTENT PAS. En France, si l’on se réfère au classement 2021 des 500 premières fortunes professionnelles de Challenges, celles-ci ont progressé globalement à près de 1 000 milliards d’euros, soit une explosion de 30% l’année même où le pays a enduré une récession historique de 8%. Ailleurs dans le monde, c’est le même constat : 1 000 milliards, de dollars cette fois, c’est la hausse des patrimoines des milliardaires américains mise en avant par Joe Biden pour justifier son projet de taxation des plus gros revenus ; 30%, c’est aussi l’augmentation du nombre de milliardaires dans le monde, selon le magazine Forbes. Une fois cette situation paradoxale rappelée, et expliquée, que proposer? Notamment en France, où l’égalitarisme a droit de cité et où les inégalités sont traditionnellement davantage combattues par une redistribution efficace. N’oublions jamais que nous sommes le vice-champion mondial des prélèvements obligatoires derrière le Danemark. 20 points devant les Etats-Unis, 10 points… »

L’éditorialiste ne précise pas qui parmi les vice-champions profite le plus de la crise. Il sous-entend, comme le patronat généralement, que les cotisations sociales – prélèvements obligatoires – pèsent sur l’économie. Ces deux citations de la presse syndicale d’un côté et de la presse financière de l’autre sont assez éclairantes. Le système de retraite complémentaire a perdu 4 milliards quand les « 500 premières fortunes professionnelles de Challenges, celles-ci ont progressé globalement à près de 1 000 milliards d’euros ». Tout est dit !