La France et l’Algérie vont mener un travail mémoriel commun, selon le président algérien Abdelmadjid Tebboune, dans le journal L’Opinion du 13 juillet. Placée sous la tutelle directe des présidents, cette commission sera dirigée par deux historiens, un pour chaque pays. « Affronter les événements douloureux » de la période coloniale qui continuent de plomber leurs relations diplomatiques et économiques, voici le but de la commission franco-algérienne chargée d’effectuer un « travail mémoriel », selon le président algérien Abdelmadjid Tebboune. A cette occasion, le Président a déclaré que l’Algérie et la France étaient « incontournables » l’une pour l’autre et a annoncé avoir parlé avec Emmanuel Macron de ces questions mémorielles lors de leur entretien téléphonique jeudi 9 juillet. Les deux hommes auraient dessiné un rapprochement entre les deux pays aux relations intimes et compliquées, fruits de l’histoire, de la colonisation et des flux migratoires et évoqué la future commission.

Placée sous la tutelle des présidents des deux pays, cette commission sera dirigée par deux historiens, un de chaque pays. Côté algérien il sera nommé très prochainement, selon le président algérien, côté français, c’est Benjamin Stora qui a été désigné. « Il est sincère et connaît l’Algérie et son histoire, de la période d’occupation jusqu’à aujourd’hui », a déclaré Abdelmadjid Tebboune dans les colonnes de L’Opinion. L’historien français avait appelé le président Emmanuel Macron à « aller vers plus de vérité » dans la reconnaissance des crimes commis par la France coloniale en Algérie dans une tribune parue dans Mediapart en décembre 2019. « Arrivons-nous, enfin, à sortir de l’amnésie à propos de cette guerre longtemps jamais nommée ? », s’était-il interrogé. Benjamin Stora s’était référé à son ouvrage paru en 1991, « La Gangrène et l’oubli », pour rappeler que « la reconnaissance des crimes et pratiques commis pendant la guerre d’Algérie » était « une condition essentielle pour aller vers une mémoire plus apaisée ».

Dans les sables, poubelles nucléaires

Cette commission s’intéressera-telle aux poubelles nucléaires laissée par la France lors de son départ d’Algérie ? Du 13 février 1960 au 16 février 1966, la France, pour mettre au point sa bombe atomique, procèda à 17 essais nucléaires sur le sol algérien, 4 essais aériens dans la région de Reggane jusqu’en 1961, puis 13 essais souterrains dans le Hoggar, région de Tamanrasset, pour une puissance totale d’environ 37 fois la bombe larguée sur Hiroshima le 6 août 1945. L’accident de Béryl [du nom de code de l’essai), le 1er mai 1962, lors du second essai souterrain à In Ecker, au nord de Tamanrasset a exposé une centaine de personnes à une dose supérieure à 50 fois le seuil « autorisé ». Les essais effectués après 1962, soit après l’indépendance de l’Algérie, étaient certes prévus dans une close des accords d’Evian. Mais était-il prévu de nettoyer les poubelle avant le partir ? Rien n’est moins sûr au regard de ce que l’on trouve aujourd’hui non sous tapis, mais sous le sable.

Une nouvelle étude « Sous le sable la radioactivité : Les déchets des essais nucléaires français en Algérie. Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires » réalisée par Patrice Bouveret directeur de l’Observatoire des armements et Jean-Marie Collin co-porte-parole de ICAN France, publiée par la Fondation Heinrich Böll. Si on connaît le nombre d’essais nucléaires réalisés par la France en Algérie (de 1960 à 1966), ainsi que les principaux accidents qui ont eu lieu, on ignore que les générations actuelles et futures et l’environnement du sud algérien restent soumis aux déchets, notamment radioactifs, présents sur ces sites. Cette étude dresse ainsi un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé (déchets non radioactifs, matériels contaminés par la radioactivité, matières radioactives issues des explosions nucléaires) et enfouies sous le sable « du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/14/il-est-temps-de-deterrer-les-dechets-des-essais-nucleaires-de-la-france-au-sahara-algerien_6052060_3232.html