Le cancer de la prostate est de loin le cancer le plus fréquent chez l’homme. En 2012, on estime le nombre de nouveaux cas en France à 58 200 par an, devant le cancer du poumon (28 200 nouveaux cas) et le cancer colorectal (23 200 nouveaux cas). C’est le troisième cancer en termes de mortalité avec 8 900 décès estimés. Depuis les années 1990, une augmentation de son incidence est observée dans la plupart des pays occidentaux.

La Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) a rendu un avis favorable à la création d’un tableau de maladie professionnelle pour le cancer de la prostate en lien avec les pesticides (19/10/2021). « En 2013, nous savions déjà qu’il y avait une présomption forte entre le cancer de la prostate et les pesticides. Depuis, de nombreuses études (Inserm 2021, Anses, Agrican, divers études scientifiques) sont venus réaffirmer le lien entre pesticides et santé, montrant ainsi la nécessité de créer un tableau de maladie professionnelle », expliquent huit associations et syndicats, parmi lesquels Phyto-Victimes, la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Ces organisations demandent au gouvernement de signer le plus rapidement possible le décret de création du tableau, l’avis de la Cosmap n’étant que consultatif. Elles réclament cette création pour toutes les expositions aux pesticides avec un délai d’exposition de cinq ans et un délai de prise en charge de quarante ans.

En juillet dernier, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) avait conclu à la nécessité de créer un tel tableau au vu de l’ensemble des éléments scientifiques disponibles. Des études épidémiologiques ont en effet identifié l’exposition aux pesticides organochlorés comme causes probable du cancer de la prostate. La création d’un tableau de maladie professionnelle permettrait d’établir une présomption d’origine professionnelle de la maladie et de faciliter ainsi l’indemnisation. Seuls trois cas de cancers de la prostate associés à une exposition aux pesticides ont été reconnus entre 2011 et 2018, avait révélé l’Anses.

Nombre de luttes menées par les riverains de vignes et de terrains agricoles conduisent aujourd’hui les autorités sanitaires à se pencher sur le problème et lancer des études sur les risques environnementaux liés aux pesticides. En France, une partie importante de la population rurale vit dans des régions viticoles. Ces personnes sont-elles particulièrement exposées aux produits utilisés pour les traitements phytopharmaceutiques et, si oui, comment ? Pour répondre à ces questions, Santé publique France et l’Anses lancent PestiRiv, première étude de grande ampleur visant à mieux connaître et comprendre l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de cultures viticoles. Les mesures réalisées auprès de 3 350 personnes dans 6 régions françaises permettront d’identifier de manière objective les sources qui contribuent le plus à l’exposition aux pesticides et d’adapter les mesures de prévention.

On commence par l’agriculture, mais il serait temps de développer la recherche dans l’industrie – productrice des pesticides – mais pas seulement. L’industrie chimique constitue une source de risques pathologiques. D’abord pour ses travailleurs peu protégés, mais au-delà pour les populations environnantes et les consommateurs des produits d’une façon plus générale. Au-delà, l’industrie en général est productrice de produits ou de pollutions portant atteinte à la santé. Comme le montre le dossier emblématique des verriers de Givors qui comptent 136 décès par cancers (dont 13 du cancer de la prostate) sur 370 participants à leur étude . Mais là, les avancées de la recherche sont plutôt à la traîne… les enjeux économiques sont si puissants que les politiques rechignent à creuser les risques sanitaires, pour préserver les profits.

Source : www.actu-environnement.com/ (19/10/2021) ; www.santepubliquefrance.fr/ (19/10/2021)