« Ils se sont mis plus de 500 millions d’euros dans la poche et ils ne veulent pas mettre 20 millions pour maintenir le four en activité ! » s’étrangle David, qui travaille à l’expédition. « C’est scandaleux. On va se pas se laisser faire. On va se battre ! » assène Philippe, ouvrier à la fabrication. Rassemblés devant la verrerie de Verallia à Châteaubernard pour s’opposer à la fermeture d’un four, les salariés ont appris qu’Apollo, le fonds d’investissement propriétaire de leur entreprise, aurait transféré 500 millions d’euros aux îles Caïmans. Écœurant, révoltant, dégoûtant… les 250  personnes qui se sont rassemblées, le 9 septembre, en fin de matinée, à l’entrée de la verrerie Verallia de Châteaubernard (Charente) pour s’opposer au projet de la direction de fermer un four et de supprimer 80 postes peinaient à trouver les mots suffisamment forts pour exprimer leur colère.

La verrerie de Verallia à Châteaubernard (Charente)

Le journaliste d’investigation du Média, Maxime Renahy, venait de leur apprendre que le fonds d’investissements Apollo, actionnaire principal de Verallia, avait organisé, probablement « en toute illégalité, le transfert aux îles Caïmans de 529 millions d’euros », ponctionnés dans les comptes de l’entreprise. « Une fraude fiscale au détriment de l’outil de travail, mais aussi de l’intéressement et de la participation des salariés. Apollo vous a spoliés », a alerté à son tour le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, à l’origine de l’intervention de Maxime Renahy dans ce dossier. Alors que la production est déjà paralysée par une grève de 40 heures, ces révélations ont pour effet de doper une mobilisation déjà conséquente en renforçant la détermination des salariés.

La CGT de Verallia, à qui le journaliste d’investigation a remis 83 documents découverts au long de son enquête, devrait rapidement porter plainte, a indiqué son délégué syndical central, Dominique Spinali. « Cette affaire nous conforte pour demander la suspension du PSE et l’ouverture de négociations pour construire un projet d’avenir pour Verallia », explique-t-il. Le syndicaliste a de nouveau dénoncé « un plan infondé  », rappelant que le chiffre d’affaires de l’entreprise n’a cessé de progresser ces dernières années. Il dénonce surtout « les actionnaires qui se sont partagés 100 millions de dividendes, dont 55 millions d’euros pour Apollo et plus de 7 millions pour la Banque publique d’investissement (BPI) ». L’attitude de cette dernière, et donc celle de l’État à qui elle appartient, fait l’objet de toutes les critiques. « Comment l’État peut-il valider les suppressions d’emplois et encaisser les dividendes ? » Le secrétaire général de CGT des verres et céramiques Mohammed Oussedik pointe aussi « la schizophrénie du gouvernement qui prétend réindustrialiser le pays mais qui laisse les fonds vautours délocaliser les productions ». Même constat de la part de Fabien Roussel. Le député du Nord appelle le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, à intervenir en faveur de la suspension du PSE. « Si on veut gagner des parts de marché, il faut préserver l’outil de travail et ouvrir des négociations », insiste-t-il.

Cette liquidation de l’outil de production dans les entreprises françaises rappelle le combat des verriers de Givors, dans une pratique identique du concurrent BSN-DANONE organisant la cession en 2003 de sa branche verrière au profit d’une multinationale américaine O.I.-Manufacturing. Déjà, le processus de cession passait par le paradis fiscal du Luxembourg, à l’abri des regards des travailleurs en lutte. C’était l’époque où Lionel Jospin le 1er ministre socialiste déclarait que « l’État ne peut pas tout », couvrant la liquidation de 315 emplois. À Cognac, encore plus nettement, le gouvernement est à la manœuvre au travers de BPI, sa banque d’investissement. Même schéma sur les transferts de fonds dans les paradis fiscaux : le groupe BSN-Glasspack avait provisionné 1,36 milliards de dollars pour les divers risques dont l’amiante, réels et survalorisés, qu’il n’a jamais assumés. Le désamiantage et les risques humains restant à la charge des contribuables et assurés sociaux, financièrement et physiquement !

Sources: https://www.humanite.fr/ 10/09/2020

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