Il a été souligné dans le précédent article l’utilisation de l’oxyde de titane pour traiter les surfaces internes et externes des pots alimentaires pour bébés. Aux risques déjà observés, les ouvriers y sont exposés en fabrication. Évidemment.

A la verrerie de Givors, le TICL4 était utilisé à chaud, dans des installations couramment nommés « hottes de titane ». Le TICL4 était poussé par injection d’air comprimé dans la bouteille réservoir type bidon de gaz située à proximité de l’utilisation dans une armoire chauffée renfermant deux bouteilles (pour éviter les ruptures d’alimentation). Le produit est acheminé sous la hotte où il sera pulvérisé sur les pots à chaud transportés par le convoyeur-machine. Une hotte recouvre la zone de pulvérisation, elle est surmontée d’un escargot aspirateur muni d’un tuyau d’évacuation destiné à éjecter les vapeurs excédentaires hors du bâtiment. Lors de bourrage dans la hotte, le mécano la relève manuellement par un actionneur pneumatique. Théoriquement, un contact actionné (hotte en position basse) interrompt alors l’injection d’air dans la bouteille, donc la pulvérisation. Mais l’action corrosive du TICL4 a tôt fait de rendre inopérant cette fonction qui continue donc à s’échapper hotte relevée. La sécurité de l’opérateur n’est plus assurée.

On constate d’ailleurs la faible durée des moteurs d’aspiration. Les carcasses des moteurs en aluminium se délitent, l’acide chlorhydrique mange turbine et tuyaux d’évacuation. Les toitures sont rongées, fibrociment ou bacs en acier aussi. Un intervenant du service électrique saigne du nez lorsqu’il intervient. Pénétrant les poumons le TICL4 se recombine avec l’humidité contenue dans l’organisme, auquel vient s’ajouter l’ambiance de graisse carbonée et autres hydrocarbures… Tous les opérateurs chargés de l’exploitation et du remplacement des bidons sont décédés, Ils ne sont plus là pour témoigner. Quoique ! L’un d’eux a laissé un curriculum Loboris (24 mars 2012) dans lequel il évoque un accident du travail survenu dans la période 1990-1999 : « en débouchant un bidon de tétrachlorure de titane, sous pression, en l’ouvrant avec une clé, le bouchon est parti sous pression. J’ai reçu une projection de titane au visage et sur le torse, les jambes et les bras. Brûlures sur la peau et irritation des voies ORL ». Le témoin a été reconnu en maladie professionnelle pour son exposition à l’amiante. Mais un cancer des poumons et des métastases au cerveau l’ont emporté.

Que dire des givordins habitants à proximité soumis 24/24h et 7/7 jours à ces vapeurs par temps de brouillard peu de vent beaucoup d’humidité ; ceux habitant place Pasteur seulement à quelques dizaines de mètres ; que dire également des personnels extérieurs chargés de l’épreuve réglementaire de ces bouteilles, de leur rinçage, des eaux de lavage, du remplissage ? Nombreux témoins peuvent encore apporter des précisions sur un produit hautement dangereux.

VMC-BSN polluait, des articles de presse en ont rendu compte notamment à propos du soufre (jusqu’à 1 tonne/jour) généré par l’utilisation du fuel lourd, mais la pollution dangereuse et invisible du « TICL4 », sortait par les cheminées inox implantées au droit des lignes de production, par celle de la cheminée du four 8 (seul vestige encore visible sur le site).

Dans son Périmètre Particulier d’Intervention, Millennium chemicals a Lyondell Compagny, dans sa notice de 2005 stipule : « Ce périmètre englobe d’autres scénarios impliquant en particulier le tétrachlorure de titane et l’oléum, dont les effets sur la santé sont proches de ceux du chlore. Le tétrachlorure de titane engendre également des fumée blanches opaques. En cas d’alerte la population applique immédiatement les consignes… » Message dont les verriers, comme les habitants de Givors n’ont jamais eu connaissance.

Dans le dossier de formation des pilotes de production de la verrerie (mars 1999), une fiche technique sur l’usage de l’IPET (organotitane) est incluse. Mais pas un mot sur ses risques et les mesures de sécurité à respecter. Un prochain article [oxyde de titane (3)] reviendra sur cette « usine propre ».

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