Selon le diagnostic local de santé réalisé à Givors, publié en 2016 par l’observatoire régional de santé (ORS)1, les maladies cardiovasculaires, les tumeurs et le diabète sont les principaux motifs d’admission en longue durée (ALD). Pour les cancers du poumon, le taux des patients hospitalisés est plus élevé que dans les autres communes. Tumeurs et appareil respiratoire constituent la cause principale des décès des hommes et des femmes. La mortalité prématurée (avant 65 ans) y est supérieur à celui de la région Rhône-Alpes. Givors n’est pas seule dans cette situation, avec Saint-Fons, Vaulx-en-Velin, Vénissieux l’ORS constate que les villes ouvrières sont davantage touchées par les décès consécutifs aux cancers du poumon.

Si les cités « ouvrières » sont davantage victimes de ces pathologies, c’est naturellement vers les lieux de travail que les regards devraient se tourner pour en rechercher les causes. Vers les entreprises actuelles, mais aussi les anciennes.

La Sécurité sociale reconnaît en maladie professionnelle des expositions pathogènes qui peuvent remonter à 20 ou 40 ans : benzène, acides chromique, amines aromatiques, goudron de houille, suies, arsenic, poussières minérales, silice, graphite, amiante, dérivés du pétrole, nickel, poussières minérales de fer, poussières de bois, chlorure de vinyle monomère, cadmium, cobalt, tungstène. L’exposition à plusieurs cancérogènes, la polyexposition, n’est par reconnue par la Sécurité sociale. Pour voir reconnaître l’origine professionnelle de la maladie, il faut alors recourir au système complémentaire, via le CRRMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles) qui ne reconnaît la maladie qu’en faisant tomber la « présomption d’imputabilité ». Mais, la victime doit alors apporter la preuve du « lien direct et essentiel » entre le cancer, ou la maladie, et le travail.

C’est jugé par des médecins qui ne connaissent ni le milieu du travail ni la toxicologie et qui donc ne jugent qu’en fonction du tabac ! Maître François Lafforgue, avocat des verriers, mit en évidence le 15 octobre 2014 devant le TASS de Lyon, les plus bas taux de reconnaissance en maladies professionnelles des CRRMP de Lyon et Dijon, de 12 à 19 %. Car, là encore, selon les régions le taux de reconnaissance est inégal, pour les mêmes pathologies. « C’est la double peine pour les victimes de l’amiante : ils meurent d’avoir respiré la fibre et ils sont humiliés par des experts médicaux serviles vis à vis des employeurs qu’ils protègent. », a pu souligner Annie Thébaud-Mony, Directrice de recherche honoraire à l’INSERM, Présidente de l’Association Henri-Pezerat.

La pollution, à partir du lieu de travail, n’épargne pas les populations. La verrerie sur les bords du Gier.

Dans l’agglomération givordine, les expositions professionnelles actuelles touchent les ouvriers et ouvrières du bâtiment, de la pétrochimie, de la chimie, du cartonnage, etc. Mais, dans cette période lointaine d’exposition que reconnaît la Sécurité sociale (20-40 ans) qui ont laissé leurs traces dans les corps aujourd’hui malades, il faut citer les anciennes industries : sidérurgie, métallurgie, production d’engrais, briqueteries, imprimerie, centrale thermique, industrie alimentaire, etc.

L’évaluation de la toxicité de la production constitue une seconde difficulté, lorsque cette évaluation repose sur le seul respect des « seuils » ou des « valeurs limites d’exposition professionnelle » par les entreprises. Lorsqu’elles sont effectivement respectées, ce qui n’est pas toujours le cas. D’une part, ces seuils et valeurs sont le résultat d’un arbitrage entre les intérêts industriels et l’état des connaissances médicales à un moment donné. Elles ne sont pas des données scientifiques, n’offrent aucune garantie pour assurer une politique de santé publique, et ne sont pas des remparts contre le développement de pathologies. D’autre part, ces valeurs portent systématiquement sur une seule substance.

Ces valeurs ne tiennent pas compte de l’exposition des travailleurs à plusieurs toxiques pendant l’activité de travail, ni de l’organisation concrète de cette activité : les conditions de travail (rythme, température, vapeur, brouillard, empoussièrement, trépidations, stress) peuvent renforcer la toxicité de certaines expositions. Enfin, quand bien même des données existent pour mesurer le respect de ces seuils dans les entreprises, les salariés rencontrent des difficultés pour obtenir ces informations. Dans les entreprises qui ferment leurs portes, ils doivent ainsi fréquemment s’armer de patience et multiplier les procédures pour obtenir leurs attestations d’exposition professionnelle, sans garantie de les obtenir et sans garantie d’exactitude et de multiplicité des expositions.

Il reste aux travailleurs, aux populations à se mobiliser pour faire reconnaître les risques industriels, imposer les protections collectives et individuelles et la substitution de produits moins nocifs comme le prévoit la législation, exiger la reconnaissance des pathologies qui leur sont consécutives. Le 3e colloque des verriers, organisé en partenariat avec les chercheurs de Sciences-Po Lyon et de diverses universités françaises, les 14 et 15 novembre 2019 à Givors, sera un grand moment d’échanges d’expériences de ces luttes pour la protection de la santé Du travail aux territoire.

1http://www.ors-auvergne-rhone-alpes.org/pdf/DLS_Givors.pdf

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