Bayer pesait 136 milliards d’euros en 2015. Aujourd’hui, il ne vaut plus que 52 milliards d’euros, soit moins que les 63 milliards qu’il avait versés entre temps pour acquérir Monsanto. En rachetant Monsanto, Bayer rachetait aussi tous les scandales sanitaires et environnementaux auxquels cette société est liée et les récents jugements rendus par les jurys américains en faveur de personnes atteintes de cancers viennent à point pour présenter l’addition à Monsanto, devenu Bayer. Ces jugements ouvrent la voie à des milliers d’autres engagés aux Etats-Unis. La facture va être lourde. « Nier la Santé environnementale peut coûter cher ! », considère André Cicolella, Président du Réseau Environnement Santé.

De son côté, Corinne Lepage, avocate à la Cour, dénonce les faux-fuyants des Etats et institutions dans la protection de l’environnement et des populations pour préserver les intérêts des industriels et montre que la mobilisation des victimes et défenseurs de l’environnement engrangent des succès. « les procédures lancées en Europe qui ont abouti au succès devant le tribunal de l’Union européenne exigeant de l’EFSA la publication des études jusque-là secrètes, émanant quasi exclusivement des milieux industriels, non soumises à des revues à comité de lecture. Indirectement, les procès menés aux États-Unis qui ont abouti aux Monsanto Papers ont contribué d’une manière extrêmement importante à comprendre la manière dont Monsanto avait manipulé l’information, caché les renseignements dont il pouvait disposer sur la dangerosité de leurs produits et de manière plus générale mis sur le marché des produits dont ils connaissaient la toxicité. C’est tout ce système que la judiciarisation permet progressivement de mettre à jour, le rendant de plus en plus difficile à survivre dans un monde où les réseaux sociaux rendent publics, ce que certains médias refusent de faire sous l’influence de leurs annonceurs. »

Après la troisième condamnation, devant la cour d’appel de Lyon, de Monsanto-Bayer dans le procès qui l’opposait à Paul François, agriculteur charentais victime d’un empoisonnement aux pesticides, son avocat François Lafforgue pouvait déclarer : « La cour d’appel a retenu la responsabilité pleine et entière de Monsanto dans cette affaire. C’est une grande victoire ! »

Manifestation des verriers devant la médecine du travail pour l’obtention des dossiers médicaux.

Les victimes refusent de baisser la garde et ont raison : la lutte paie. En effet, « Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu », selon Berthold Brecht. C’est ainsi que les verriers de Givors se sont mobilisés dès 2009, six ans après la fermeture de leur entreprise, pour faire reconnaître l’origine professionnelle des maladies qui emportaient nombre d’entre-eux. Aujourd’hui 13 maladies professionnelles sont reconnues parmi ces anciens verriers, dont 7 à l’amiante et six à divers autres produits toxiques benzène, silice, hydrocarbures, arsenic, solvants, etc. Davantage encore, O.I.-Manufacturing le repreneur de la verrerie VMC-BSN-Danone a été condamnée pour « faute inexcusable » à quatre reprises. Deux autres situations sont en cours de jugement et deux autres en cours d’instruction. L’association des verriers à décidé de ne pas baisser la garde face à la multinationale américaine. Celle-ci a les moyens de payer. Dans l’exercice de fermeture du site de Givors l’entreprise n’a-t-elle pas provisionné 500 millions d’euros supplémentaires pour « le risque amiante » ? Soulignant qu’elle n’ignorait rien du risque !

Mais ce qui importe derrière toutes ces procédures c’est de faire respecter la santé des travailleurs et des consommateurs. D’imposer aux industriels de mettre en œuvres des processus de production préservant la santé des producteurs. De mettre sur le marché des produits exempts de risques pour le consommateur. Comme a pu le conclure de Tribunal de grande instance de Lyon le 28 mars dernier : « la maladie professionnelle de Monsieur Christian Cervantes […] est la conséquence de la faute inexcusable de son employeur, la société O.I.-Manufacturing ». Il n’y a pas d’excuse à empoisonner les gens.
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