Après de longues tergiversations, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a finalement décidé d’interdire l’additif alimentaire E171 dans les confiseries, seulement les confiseries. Pourtant, depuis 2006 l’Anses a mené de nombreux travaux, tant sur l’alimentation humaine qu’animale que sur l’exposition des travailleurs. Cet additif alimentaire n’est autre que de l’oxyde de titane (TiO2), utilisé dans de nombreuses applications industrielles. Les verriers de Givors l’ont longuement utilisés dans les traitements de surfaces des petits pots pour aliments de bébés. Sous diverses appellations : Tétrachlorure de titane, TICL4, TYZOR-IPET, Organotitane, etc. pour les traitements à chaud. Mais, c’est un autre aspect de la question sur laquelle nous reviendrons. Restons en à l’actualité et aux gourmandises des enfants.

Tergiversations ? Le produit n’est pas nouveau. Le site chimique de Millennium chemicals a Lyondell Compagny, installé dans le Haut-Rhin se targuait, dans une notice de 2005, d’avoir été le premier au monde à fabriquer l’oxyde de Titane dans son usine de Thann, dès 1922. Connaissant aussi les caractéristiques de danger et les risques principaux : « réaction violente au contact de l’eau ou de l’humidité de l’air avec dégagement d’un nuage opaque corrosif (acide chlorhydrique et dioxyde de titane) » dégageant un « nuage corrosif et toxique ».

Ce colorant est très présent dans les confiseries, les gommes à mâcher, les biscuits ou encore les plats préparés. Suspecté d’être cancérogène, cet additif formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2) est encore très utilisé par les industriels de l’agroalimentaire. Mais, pas seulement, aussi dans les dentifrices et les médicaments. Une étude de l’UFC-Que choisir avait montré, dès 2017, que près de 4 000 médicaments, dont certains d’usage très courant (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan ou encore Advil) contenaient le controversé E171. Fin mars, des tests réalisés par l’association Agir pour l’environnement relevaient la présence de dioxyde de titane dans deux tiers des dentifrices.

Les risques sanitaires ne sont pas anodins. L’analyse montre que le TiO2-NP (sous forme de nanoparticules) provoque, suite à une exposition par inhalation, un phénomène inflammatoire pouvant s’accompagner d’une augmentation du nombre et/ou du volume des cellules pulmonaires. D’autres données expérimentales permettent de montrer que le TiO2-NP induit des effets sur le développement du fœtus et sur d’autres organes, notamment au niveau du système cardiovasculaire, du cerveau, du foie et des reins.

Carte de particules en Rhône-Alpes

Le dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire est utilisé dans de nombreuses applications industrielles et commerciales. Dans le cadre de sa mission nationale d’élaboration de valeurs sanitaires de référence, l’Anses a été chargée de définir une Valeur Toxicologique de Référence (VTR) pour le dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire ( TiO2 -NP). Suite à une analyse approfondie de l’ensemble des données de toxicité disponibles, l’Agence recommande une VTR chronique par inhalation pour la forme P25 du TiO2-NP de 0,12 µg.m-3. A partir de cette valeur de référence, des évaluations de risques sanitaires seront menées dans le cadre des actions de gestion des installations et sites industriels en France. Il s’agit par ailleurs, de la première VTR élaborée pour un nanomatériau en France (www.anse.fr).

Alors que l’on connaît les risques de ce produit sur les organismes humains depuis 1922, c’est seulement en 2019, près de cent ans après, que l’on commence à envisager une réglementation. A envisager seulement, car lorsque l’on constate les tergiversations du ministre, simplement pour les bonbons, en évitant tout le reste, on n’en est pas encore à une véritable réglementation sur la consommation, et encore moins sur les expositions professionnelles de ceux qui fabriquent ces produits. A y regarder de plus près on s’aperçoit que nos politiques n’ont rien appris du scandale de l’amiante. Car il a fallu aussi près d’un siècle pour interdire son usage.

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