Danone et L’Oréal trusteraient le podium du Carbon Disclosure Project depuis plusieurs années déjà. Danone serait-elle une « véritable référence en matière de transparence environnementale », dans ce classement annuel des entreprises les plus vertueuses au niveau mondial ? Les deux Françaises font ainsi partie des 14 leaders ayant obtenu un triple A pour leur engagement contre le changement climatique, la gestion des forêts et la sécurisation des ressources en eau. Mais elles ne représenteraient que la pointe de l’iceberg, car si 2 % seulement des entreprises analysées, ont obtenu un A, une grande majorité (58 %) a obtenu un score entre C et D, ce qui signifie qu’elles commencent tout juste à reconnaître leur impact environnemental. Il est également préoccupant que près de 17 000 entreprises, ayant une capitalisation boursière de 21 000 milliards de dollars – dont Chevron, Exxon Mobil, Glencore et Berkshire Hathaway – n’ont même pas fait le premier pas et déclaré leurs données environnementales. Et encore, on ne cherchait pas la petite bête…

On peut peut-être voir les choses d’une autre façon. Danone a sans doute une meilleure communication que les autres multinationales. La firme agroalimentaire a réussi à vendre et imposer son image où les autres ont échoué. Mais, il est plus facile de valoriser une matière blanche comme le yaourt ou les crèmes glacées auprès du consommateur que gazoil, graisses et lubrifiants divers. Antoine de Saint-Affrique, le directeur général de Danone, profite de l’occasion pour enfoncer encore le clou : « Les consommateurs se tournent de plus en plus vers des produits qui sont bons pour eux et pour la planète et les engagements durables resteront au cœur de nos marques et de notre stratégie de croissance dans les années à venir ».

Les habitants de Givors (Rhône) conservent une tout autre image du groupe Danone, né sur leurs terre il y a bien longtemps. En avril 2001, il y a 20 ans, Danone se débarrassait de la fabrication des petits pots – pour les yaourts et la confiture – au profit d’un concurrent, la multinationale américaine O.I. Manufacturing. Dans la foulée, après une longue préparation des esprits, la décision de liquider la verrerie de Givors tombait. Même si cette unité constituait le berceau du groupe créé il y a deux siècles et demi, ce n’était pas un canard boiteux. L’unité de Givors dégageait une rentabilité opérationnelle de 15,5 %. Beaucoup d’entreprises aujourd’hui souhaiteraient dégager un tel taux de profitabilité !

Mais les calculs préparatoires au bouclage de l’opération s’avérèrent plus erronés que prévus : les travailleurs – du manœuvre au cadre – et leurs syndicats ne l’entendirent pas de cette oreille et rejetèrent immédiatement la poudre aux yeux patiemment et puissamment projetée depuis dix années à l’aide de créations de « Club emploi formation », « Association pour le développement » du bassin, « Contrat de développement », pilotés par la direction du groupe, entraînant dans la démagogie chambres consulaires, élus locaux et départementaux. Personnel et syndicats unis dans l’intersyndicale engagèrent le combat et s’y tinrent 22 mois durant. A terme, ils ne gagnèrent pas le maintien de l’entreprise, ni sa modernisation, ni ses emplois, mais gagnèrent le reclassement de tout le personnel et des départs en préretraite. Une solution acceptable pour chacun. Exceptionnel pour la période.

Par contre, pour en revenir à l’environnement, le bilan est beaucoup moins reluisant. La mise en état de la friche industrielle coûta quatre millions d’euros aux contribuables. Mais, le sol (8,5 ha) reste pollué et largement impropre à son utilisation ultérieure, frappé de servitudes par arrêté préfectoral du 6 mars 2006. La servitude n°5 précise : « Le site est réservé aux activités économiques à dominante industrielle, commerciale ou artisanale ; en particulier, interdiction d’aménagements et d’activités sensibles type jardins d’agrément, d’enfants, potagers, terrains de sport, aires de stationnement pour gens du voyage, crèches, écoles, établissements sanitaires et constructions à usage résidentiel y compris les résidences hôtelières. »

Evidemment sur le podium on ne parle pas de cela. Seulement de « changement climatique, la gestion des forêts et la sécurisation des ressources en eau ». Danone n’est pas classée pour les sols gravement pollués – y compris leurs ressources en eau – laissés derrière son activité. Pollués à l’arsenic, aux hydrocarbures, benso(a)pyrène, HAP, méthane, dioxyde de carbone, des teneurs anormales en composés organiques volatils, selon les rapports d’expertises réalisées en 1998 et 2000.

Source: www.novethic.fr/ (15/12/2021)