Le 26 avril marquait le 36e anniversaire de l’accident nucléaire de Tchernobyl. Les travailleurs sont venus de toutes les régions de l’Union Soviétique – entre 600 000 et un million – pour intervenir sur le site accidenté. Ils ont été sacrifiés puis totalement invisibilisés, pour sauver l’image mensongère d’un nucléaire inoffensif. Les experts français ont beaucoup contribué à renforcer le déni de ce qu’ont subi ces travailleurs pour sauver l’Europe d’un désastre plus grave encore. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine décime une population et fait planer la menace du risque radioactif, non seulement sur l’Ukraine mais sur toute l’Europe. Des organisations internationales – l’AIEA, l’OMS – sont complices de ce mensonge.

Le risque nucléaire

Il faut le souligner encore et encore, le silence sur les travailleurs sacrifiés du nucléaire, militaire ou civil, ne se limite pas aux liquidateurs de Tchernobyl. Parlons en particulier de ceux qui assurent le travail sous-traité de la maintenance, de la décontamination, du démantèlement des centrales nucléaires, des travailleurs civils et militaires intervenant dans le processus de fabrication des armes nucléaires, et qui subissent les effets mortifères de la radioactivité. A l’image des liquidateurs de Tchernobyl, ils assurent en situations non accidentelles, des activités hautement radioactives, dont les conséquences ne sont jamais prises en compte. Pour ces travailleurs, le droit au suivi post-professionnel n’existe pas et les atteintes radio-induites demeurent ignorées.

Il nous faut dénoncer l’indifférence à l’égard des travailleurs liquidateurs de Tchernobyl, dont les enfants et petits-enfants supportent aujourd’hui les séquelles et maladies issues de cette catastrophe qui se poursuit. Il nous faut aussi dénoncer les conditions indignes faites aux travailleurs extérieurs du nucléaire en France.

Le mensonge vaut aussi pour les populations (très) éloignées de Tchernobyl.

Le panache radioactif de l’accident de Tchernobyl (1986) a-t-il eu des conséquences sanitaires avérées sur la population française ? « Non », ne cesse de répéter l’État français. Rendue publique, une étude menée sur les populations corses contredit clairement cette affirmation. Souhaitant apporter un éclairage scientifique nouveau sur la contamination éventuelle liée au nuage, la collectivité territoriale de Corse avait mis sur pied la Commission Tchernobyl, en 2005. Composée d’élus et de personnalités qualifiées, elle a lancé, en 2012, un appel d’offres pour une enquête épidémiologique sur les conséquences sanitaires du nuage. « Nous avons écarté les groupes de recherche qui étaient juges et parties. Notre choix s’est porté sur une équipe totalement indépendante, qui n’avait jamais mené de travaux antérieurs pour l’État », explique Josette Risterucci, conseillère territoriale (PCF) et présidente de la Commission Tchernobyl.

L’équipe de 25 chercheurs italiens, dirigée par le professeur Paolo Cremonesi, a prélevé des données sur un vaste échantillon de la population insulaire (environ 14 000 dossiers contre 2 000 pour les recherches précédentes). Une fois corrigé le gonflement artificiel des chiffres dû à l’amélioration des diagnostics, les résultats mettent clairement en évidence un lien de causalité entre l’exposition au nuage de Tchernobyl et l’augmentation exponentielle du nombre de maladies de la thyroïde. Chez les hommes exposés au nuage, le sur-risque est significatif pour les pathologies thyroïdites (+ 78,28 %) et les cancers de la thyroïde (+ 28,29 %). Chez les femmes, le sur-risque de thyroïdites est de + 55,33 %. Pour les enfants exposés au nuage, le risque de thyroïdites est de + 62 %. Le rapport révèle également une augmentation de l’incidence des leucémies aiguës dues à la catastrophe. L’enquête apporte donc un démenti flagrant aux déclarations répétées sur l’absence de conséquences du panache radioactif en France.

Membre de l’Association française des malades de la thyroïde, Chantal Garnier est atteinte depuis 1990 par un cancer. Habitant en Franche-Comté, une des régions les plus touchées par le nuage avec la Corse, elle se souvient « avoir consommé abondamment les légumes frais du potager, même par temps de pluie. Nous n’étions absolument pas alertés des risques que nous prenions. » « Nous avons des malades et une responsabilité de l’État indéniable, insiste l’élue corse Josette Risterucci. Il faut maintenant que ces malades puissent se saisir de ce rapport pour obtenir réparation devant les tribunaux. »

L’État responsable du déni : « Cachez ce mal que je saurais voir… »

Sources : www.asso-henri-pezerat.org/?s=Tchernobyl ; www.humanite.fr (19/07/2013)