En pleine pandémie de Covid, alors que l’on constate les faiblesses de l’industrie française en matière de productions pharmaceutique, comme de masques et autres protections, Sanofi entamait le 5 novembre 2020, une procédure d’information et de consultation sur son projet Pluton. Un projet de nouvelle société de production de principes actifs qui reprendrait six usines Sanofi en Europe, dont deux en France : celles de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, en Seine-Maritime, et de Vertolaye, dans le Puy-de-Dôme. Les médicaments cédés à cette société auraient, semble-t-il, été sélectionnés par Sanofi pour leur faible rentabilité, parce que leurs procédés de fabrication laisseraient peu de possibilités d’amélioration pour augmenter les marges. Sanofi ne conservant qu’un actionnariat transitoire de 30 %. Mais l’introduction en bourse de cette entité devenue autonome rend incertaine sa pérennité ; offrant une occasion unique de prise de contrôle par les fonds vautours sur l’industrie phamaceutique française et européenne. Cette inquiétude est aggravée par une note interne à Sanofi qui met en lumière une suite au projet Pluton, dénommée Alastor, et révèle que quatre autres sites de chimie français pourraient être cédés en 2023, voire fermés à l’horizon 2024 : Mourenx, Ploërmel, Aramon et Sisteron. Le groupe Sanofi cesserait ainsi toute production chimique de principes actifs sur le sol français.

Cette information communiquée aux instances représentative du personnel, apparaît au grand jour au travers d’une question orale au ministre de la part du député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne, lors de la séance de l’Assemblée nationale du 8 décembre. Le député pose quatre questions. Le Gouvernement soutient-il le plan Pluton et la création de cette nouvelle entité ? Dans ce cas, favoriserez-vous l’introduction du capital public de la Banque publique d’investissement, BPIfrance, avec, en contrepartie, un droit de regard pour garantir la pérennité des sites industriels concernés et de leurs emplois ? Troisième question : allez-vous demander à Sanofi de s’engager à abandonner le projet Alastor, qui menace le maintien des sites de production français de principes actifs ? Enfin, plus largement, quelles sont les mesures que le Gouvernement compte prendre pour assurer l’indépendance pharmaceutique et la souveraineté sanitaire de la France ?

Le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises Alain Griset confirme bien qu’« Il s’agit pour le laboratoire de se maintenir dans la compétition : je rappelle qu’en deux ans, Sanofi a reculé de la cinquième à la septième place dans le classement des laboratoires mondiaux. » Soulignant ainsi le recul du groupe français de chimie pharmaceutique au niveau mondial à force de cessions de productions à l’étranger.

« La réorganisation – précise le ministre – met en avant trois branches : la médecine de spécialité, la médecine générale et les vaccins, qui sont orientés vers les thérapies d’avenir. Elle tient compte des dernières acquisitions du groupe. Deux autres branches rendues plus autonomes concernent la médecine grand public et la production des principes actifs. » L’objectif, selon le ministre,« est de disposer d’un nouvel acteur pour renforcer la souveraineté européenne dans la phase amont de fabrication des médicaments. Cette entreprise travaillant surtout pour des tiers, Sanofi envisage une autonomisation de son activité tout en restant au capital du nouvel ensemble. »

André Chassaigne note qu’il est « paradoxal que Sanofi se coupe d’une partie de sa production – en faisant produire par d’autres les principes actifs – au moment même où le groupe passe du cinquième au septième rang des entreprises pharmaceutiques. Vous comprenez bien l’inquiétude que cela peut susciter ! Sanofi a certes pris l’engagement de rester à hauteur de 30 % dans le capital de la nouvelle société, mais pour une durée limitée – cinq ans je crois. La crainte c’est que l’introduction en bourse du groupe autonome ne soit l’occasion de l’habituel jeu de Monopoly des fonds de pension et des fonds de développement. Le projet de Sanofi n’offre donc aucune garantie pour l’avenir. La participation de la BPI au capital en serait une mais vous n’avez pas répondu sur ce point. » Mais le ministre veille… et fera preuve de « vigilance ».

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