En pleine pandémie de Covid, Sanofi, la multinationale française de la pharmacie, se place sur le banc de touche. Elle doit répondre de sa stratégie de liquidation de la recherche médicale pour une recherche maximale de profit à servir aux actionnaires.

Le plan de restructuration de Sanofi, connu depuis juin dernier, n’a rien d’une surprise. Mais il est de nouveau sur le devant de la scène depuis la semaine dernière avec l’appel à la grève nationale de la CGT : le géant français de la pharmacie prévoit la suppression de 750 à 1 060 postes en France d’ici à 2022, dont 260 à 390 en Recherche et Développement (R&D). Avant les 400 suppressions de postes actuelles, une première vague de 300 autres annoncées en juin 2019, qui succédait la fermeture du site de Toulouse (600 personnes) que Sanofi aura mis quatre ans à régler. De 2010 à aujourd’hui, les effectifs sont passés de quelque 6 500 chercheurs à environ 4 000. La saignée !

En dix ans, les effectifs mondiaux de Sanofi en R&D ont reculé de 8,5 %, passant de 16 983 chercheurs en 2010 à 15 138 au 31 décembre 2019. Même si leur nombre remonte depuis 2017, cette recrudescence ne permet pas de reconstituer la puissance de recherche d’équipes délabrées sur une décennie. Les atteintes au potentiel de recherche est à placer dans la chute globale des effectifs du groupe, atteignant aussi le potentiel de production. Sur le groupe, le nombre total de salariés a fondu de 13,2 % depuis 2015 ; l’une des chutes les plus significatives de l’industrie pharmaceutique ! Sur la même période, le nombre de chercheurs est en recul d’environ 5 % .

Face à ses concurrents Sanofi recule, est à la traîne. Son budget recherche est désormais moindre que ceux de Roche (10,7 milliards d’euros en 2019), Johnson & Johnson (10,1 milliards), Merck, Novartis, Gilead ou Pfizer. Des rivaux qu’il tutoyait ou devançait en 2010.

Sanofi est un groupe qui, à la différence de ses concurrents européens, s’est construit par fusions-acquisitions successives de laboratoires français (Rhône Poulenc, Roussel Uclaf, Sanofi, Synthelabo, Institut Mérieux) et européens (Hoechst), principalement. Tous ces laboratoires avaient leurs propres centres de recherche, qui se sont agrégés au fil du temps. Une puissance de recherche réduite peu à peu afin de dégager des marges de profits. Rappelons que Rhône-Poulenc à l’origine du groupe Sanofi a été nationalisé en 1982 – ce qui sauve le groupe en difficulté et permet de moderniser certains de ses sites. Après plusieurs acquisition externes Pharmuka (1983), Natterman en Allemagne (1986), Bottu (1988), Connaught au Canada (1989), Rorer aux États-Unis (1990-1991), le groupe fut privatisé en 1993 avec recentrage de cent soixante à trente-cinq produits.

D’aucuns considèrent que Sanofi, en difficulté dans la recherche de vaccins, n’aurait pas bénéficié de soutiens publics. Ces propos sont insupportables. Il y a en plus une forme d’indécence vis-à-vis de la population française. Outre le fait que Rhône-Poulenc l’ancêtre de Sanofi fut sauvé de la perte par la nationalisation de 1982, avant d’être livré aux mains des financiers, il faut rappeler que Sanofi bénéficie chaque année de plus de 150 millions d’argent public au titre du Crédit d’impôt recherche (CIR), soit 1,5 milliard sur 10 ans. A cela vient s’ajouter le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) qui de 13 millions en 2013 est passé à 24 millions en 2018.

En outre, plus de 80% du chiffre d’affaire de Sanofi provient du remboursement de la Sécurité sociale. En vérité, cette multinationale française vit sous perfusion d’argent public. De l’argent qu’elle dilapide généreusement à ses actionnaires ! Plus de 3,95 milliards d’euros de dividendes ont ainsi été versés au titre de l’exercice 2019 alors même que 300 emplois sont en train de disparaître dans la recherche et développement (R & D).

Le Conseil d’administration, réuni le 5 février 2020, avait proposé un dividende de €3,15 par action, soit la 26ème année consécutive de croissance du dividende. Ce dividende a été approuvé par les actionnaires lors de l’assemblée générale du 28 avril 2020 (www.sanofi.com/fr). Pour 2021, en pleine pandémie de Covid, le groupe s’apprête à distribuer 4 milliards d’euros à ses actionnaires. Le dividende passera de €3,15 à €3,20 par action : la 27e année consécutive de croissance ! La santé des Français est prise en otage par la finance.

Sources : https://www.lesechos.fr/ 22/01/2021 ; https://www.humanite.fr/ 15/05/2020