Comme un feu d’artifice, au lendemain du 14 juillet, les laboratoires pharmaceutiques cherchent à réhabiliter leur image après le scandale de distribution inégalitaire des vaccins anti-Covid… et l’envolée de leurs profits.

Le laboratoire Sanofi a lancé Impact, sa marque de médicaments vendus sans profit dans 40 pays pauvres. Une trentaine de médicaments considérés comme essentiels par l’OMS seront ainsi distribués. Sanofi n’est pas seul. Pfizer a annoncé une initiative comparable, tout comme l’IFPMA, la fédération internationale réunissant 38 grands laboratoires, qui milite pour un accès favorisé aux médicaments à ces pays.

Ironie sordide : ces mêmes laboratoires se sont peu mobilisés pour aider les pays les plus démunis à vacciner leurs populations au plus fort de la pandémie. Si la plupart des laboratoires ont reçu « des milliards de dollars de financements gouvernementaux, les développeurs de vaccins ont monopolisé la propriété intellectuelle, bloqué les transferts de technologie et limité de manière agressive les mesures qui permettraient d’étendre la fabrication dans le monde de ces vaccins », accuse Amnesty International dans un rapport.

En plus le dirigeant du groupe Sanofi n’est pas avare de paroles : « Poursuivre les miracles de la science pour améliorer la vie des gens », devient la nouvelle raison d’être de Sanofi. Cette belle envolée peut-elle faire oublier la politique de liquidation de sa capacité de recherche, avec sa nouvelle stratégie : « Cette ambition passe par l’amélioration de l’accès aux soins de santé et à des médicaments de qualité pour les populations mal desservies », précise Paul Hudson, DG de Sanofi.

Cette belle envolée de paroles doit être resituée dans le contexte du groupe Sanofi. Alors que le vaccin Sanofi contre le Covid-19 se faisait attendre en janvier 2021, le groupe annonçait encore 400 licenciements dans les centres de recherche en France, 1 700 en Europe. Où les effectifs ont été divisés par deux en un peu plus de dix ans. Les syndicats de Sanofi appelaient alors à la grève. L’interpellation publique des salariés de Sanofi sur les plans sociaux à répétition est ancienne. Ceux-ci ont progressivement rogné les capacités d’innovation du seul groupe pharmaceutique du CAC 40.

Cet enjeu avait même pris d’importantes proportions médiatiques en 2015. Thierry Bodin, élu CGT du groupe résumait ainsi la situation dans un article de Télérama : « Notre finalité à nous, salariés, c’est d’être au service de la santé. Celle de nos dirigeants est d’être au service des actionnaires ». L’Assemblée Générale du groupe avait fait l’objet d’un reportage dans Cash Investigation. On pouvait y revoir une scène d’anthologie extraite de l’émission. Franck, technicien de laboratoire de Sanofi, prenant le micro pour sensibiliser les actionnaires sur le plan social en cours. Il leur disait : « Vous voulez de l’argent et c’est normal mais vous avez le pouvoir de sauver la vie des familles comme la nôtre mis en danger par le plan de M. Viehbacher (le PDG de l’époque, ndr) en le contestant ». Sous la huée des actionnaires, Franck était évacué tout en rappelant que le patron de Sanofi gagne en un jour 24 000 euros, soit son salaire annuel et en lançant : « Ce sont les salariés qui font une entreprise pas ses actionnaires ».

Ce dialogue de sourds entre parties prenantes antagonistes continue par une question plus précise d’Elise Lucet, la présentatrice de Cash Investigation, sur la rémunération du PDG le mieux payé du CAC 40 qui gagne 508 fois le SMIC. Serge Weinberg, administrateur du groupe et président du comité de rémunération, répond : « Le conseil d’administration a approuvé une rémunération qui répond aux critères appliqués pour les dirigeants mondiaux du secteur pharmaceutique et M. Viehbacher est dans le dernier quartile de ses pairs ». C’est à dire, parmi les plus mal payés d’entre eux !

Les deux principaux risques de gouvernance qui pèsent sur l’entreprise sont donc abordés en moins de cinq minutes. Le premier concerne l’augmentation constante du dividende sans véritable rapport avec les fluctuations des performances de l’entreprise. De l’autre côté, supprimer des milliers d’emplois dans ses centres de recherche.

https://www.novethic.fr/ (18/01/20221), (02/08/2022)