Les nanoparticules de dioxyde de titane (NPs de TiO2) sont largement utilisées dans l’agro-alimentaire, les cosmétiques, les matériaux de construction… Elles sont fabriquées ou manipulées en France dans de nombreux sites, ce qui pose la question de l’exposition des travailleurs et des riverains. Les poudres ultrafines de NPs de TiO2 peuvent contaminer l’atmosphère ce qui nécessite des mesures de protection spécifiques, d’autant plus que des études récentes ont montré que ces nanoparticules, inhalées ou absorbées, franchissent les barrières biologiques et s’accumulent dans certains organes. Les risques sanitaires restent cependant encore incertains. Ces constats ont conduit les ministères de la santé, du travail et de la transition écologique et solidaire à saisir le Haut Conseil de santé publique sur les mesures de gestion à prendre concernant la protection des travailleurs et des riverains (https://www.hcsp.fr/ 25/06/2020).

Signalée sur les étiquettes par Ti02 ou E171, cette poudre blanche est utilisée principalement comme colorant, pour blanchir ou intensifier la brillance des produits alimentaires. Les verriers de Givors connaissent bien ce risque nettement identifié au secteur 8 de leur schéma de fabrication et d’expositions toxiques aux postes de travail : brouillard de titane TICL4, IPET L71,81, 83, Diépal, Etain, Polyglas EC45, Polyvert 500, avec l’utilisation de soufflettes pour enlever le titane et autres poussières. Ils conservent le souvenir de quatre de leurs camarades travaillant dans ce secteur et décédés jeunes. Francis à 67 ans, Emmanuel à 56 ans, Georges à 55 ans et autre Francis à 67 ans. « Les inspecteurs de la Sécurité sociale sont venus pour faire une enquête, mais les délégués du CHSCT n’ont jamais pu obtenir les résultats », se souvient André ancien délégué du personnel, responsable syndical. C’est l’insécurité due aux produits chimiques qui avait motivé un échange au sein de la réunion du CHSCT du 17 mars 1998. A propos des personnes exposées au titane et à l’étain, le médecin du travail présentait les deux risques 1° de corrosion par leur fonction acide qui provoque des irritations cutanées et des irritations des voies respiratoires, 2° de surcharges pulmonaires des particules très fines de titane ou d’étain qui pénètrent dans les voies respiratoires. Le directeur intervint pour botter en touche : « si les gens ont des soucis, pourquoi ne pas en parler à leur médecin traitant ? » La CGT insistait : « Une hotte de titane qui fuit toute la journée, cela veut dire qu’il y a un problème technique quelque part. »

C’est surtout le fait que cette substance contienne des nanoparticules – d’une taille inférieure à 100 nanomètres facilitant leur pénétration dans l’organisme – qui soulève l’inquiétude. En France, une circulaire ancienne datant de 1987 recommande pour le dioxyde de titane (poussières inhalables) une valeur limite indicative de moyenne d’exposition (VME) de 10 mg/m en Ti (8 h/jour ; 40 h/semaine) dans l’air des locaux de travail. Par ailleurs, il existe des valeurs réglementaires contraignantes adoptées en 1984 pour les poussières réputées « sans effet spécifique », évaluées sur une période de 8 heures, ne doivent pas dépasser respectivement 10 et 5 mg/m3. Le respect de ces valeurs devrait permettre de réduire les risques associés au développement de l’inflammation pulmonaire et du cancer (INRS, fiche Tox 291). Mais à la verrerie de Givors on n’en a jamais entendu parler, le CHSCT n’a jamais eu à délibérer des mesures qui devaient être faites.

Le Haut Conseil de santé publique (HCSP) recommande aujourd’hui : « La protection et le suivi médical des travailleurs manipulant ces nanomatériaux ; l’application de bonnes pratiques de prévention en milieu de travail en ce qui concernent la production, la manipulation, le stockage, le conditionnement, le transport et l’intégration dans les produits finis des NPs de TiO2 ainsi que le recyclage ; la protection des riverains et de l’environnement autour des sites de production, de stockage et de manipulation des NPs de TiO2 ; le développement de la métrologie et de la surveillance des expositions en milieu professionnel et dans l’environnement ; l’adoption de valeurs limites d’exposition spécifiques aux NPs de TiO2 ; le renforcement de l’obligation de déclaration de la présence de NPs dans les produits et matériaux au sein de la base de données R-Nano, en intégrant les substances dès 10% minimum en nombre de NPs, et l’accessibilité de cette base à tous les organismes amenés à évaluer les risques des nanomatériaux. »

Trente-six ans après les « valeurs réglementaires contraignantes » de 1984, en matière de respect de la santé au travail, menacée par l’oxyde de Titane, les recommandations du HCSP apparaissent bien faiblardes !

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