« Salariés de l’amiante, employés de l’indifférence »

Sous ce titre, Caroline Faesch, a publié un livre grave, émouvant qui relate les trente ans d’histoire des ouvriers de l’usine Pont à Mousson, Everitube-St Gobain, à Andancette dans la Drôme. Ils ont été quelques centaines à fabriquer des canalisations en amiante-ciment à partir de mélanges de deux variétés d’amiante : le chrysotile et la crocidolite (ou amiante bleu).

L’amiante bleu était partout. C’est la seule usine qui n’ait fabriqué que des canalisations, donc l’amiante bleu était partout. En conséquence de quoi c’est déjà et ce sera l’usine où la proportion des mésothéliomes (cancer de la plèvre) est et sera la plus forte, car tous les employeurs et tous les médecins du travail savaient, dès l’ouverture de l’usine, en 1966, que l’amiante bleu est la variété qui entraîne le plus grand nombre de ces tumeurs.

Les patrons savaient… Mais les patrons, pour faire des profits, ont fait les sourds. En 1971 lors d’une conférence des industriels de l’amiante de 11 pays, à Londres, les dirigeants français apprennent que l’amiante bleu est quasiment interdit en Grande Bretagne. Plus d’importation, plus de travail, car – vu le danger – la norme est devenue très rigoureuse. Les patrons anglais préconisent « l’abandon dès que possible » de ce matériau à l’index.

Une conduite criminelle. Au lieu de cela, Everitube puis Pont à Mousson persévèrent, et même entre 1986 et 1992 sous-traitent une partie du travail à trois Centres d’aide par le travail (CAT), c’est-à-dire confient le travail sur les manchons empoussiérés à des handicapés – c’est-à-dire dans les plus mauvaises conditions de prévention possibles – à des non salariés, ne relevant pas du droit du travail, donc sans recours possible à l’inspection du travail ni à la réparation des maladies professionnelles.

Des chiffres accablants. Le résultat de cette conduite, qui ne semble pas pouvoir être qualifiée autrement que criminelle, est particulièrement inquiétant.

Une enquête médicale parue début 2000 a retrouvé 395 anciens salariés dont 82 étaient décédés en moyenne à l’âge de 55 ans, avec 11 personnes atteintes de mésothéliomes, quatre de cancers gastro-intestinaux et deux de cancers des poumons. Depuis l’enquête, deux cas de mésothéliome supplémentaires sont apparus parmi le personnel et un chez une épouse de travailleur.

C’est donc plus de 15 personnes atteintes de cancers dus à l’amiante qu’il faut décompter, un peu plus de 30 ans après le démarrage de l’usine, sans parler d’un nombre bien plus élevé de cas de fîbroses de la plèvre et des poumons (plaques et épaississements pleuraux, asbestose).

Il faut lire et diffuser l’ouvrage de Caroline Faesch, et il faut trouver les voies judiciaires et moyens pour que les coupables soient punis. Ce livre est paru aux éditions Golias, 13 euros.

Article paru dans le bulletin de l’ANDEVA N°10.