« Afin d’amplifier l’effort de résistance et de conquête industrielles nécessaire à l’indépendance nationale et au soutien de l’emploi, les grands programmes technologiques, au premier rang desquels la filière électronique, seront complétés par des actions nouvelles répondant à trois objectifs : contribuer à l’équilibre du commerce extérieur, réaliser des projets de haute technologie capables d’entraîner nos entreprises et de soutenir l’emploi, améliorer les conditions de travail et de vie quotidienne. » (CM. 29 avril 1983 La modernisation industrielle de la France : les actions nouvelles).

Ainsi, deux ans après l’élection de François Mitterrand, la « modernisation industrielle de la France » est lancée pour « soutenir de l’emploi… améliorer les conditions de travail… ». Parmi les actions nouvelles (III) projetées dans le texte intégral les créations d’entreprises et l’innovation, mais jamais les fermetures d’entreprises et la liquidation de branches industrielles entières. « La pleine reconnaissance des droits de ceux qui y travaillent devrait contribuer à ce soutien » est même mise en avant. Que du bonheur : l’art de la communisation d’un gouvernement de gauche dirigé par les socialistes !

Le plan d’avril 1983 apparaît déjà comme une « purge », selon le mot de Jacques Delors ministre de l’économie du gouvernement Mauroy sous Mitterrand. La suite ne le dément pas. « Il faut nettoyer notre industrie », explique François Mitterrand à Pierre Mauroy au début d’octobre 1983. Le 5 octobre, la tâche est confiée à Laurent Fabius (l’artisan du dégraissage industriel), qui est passé du Budget à l’Industrie après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Le cadre général est fixé aussitôt sous la forme d’une « Charte de la modernisation industrielle ». La « Modernisation industrielle » devient d’ailleurs l’intitulé officiel du ministère occupé par Laurent Fabius. Le 30 janvier 1984, à l’issue d’un séminaire gouvernemental, la traduction concrète en est décidée : 14 « pôles de conversion » sont fixés en Lorraine, dans le Nord, la Loire et les chantiers navals de Méditerranée. La désindustrialisation est engagée. Le plan acier du gouvernement (29 mars 1984) prévoit 20 à 25 000 disparition d’emplois dans la sidérurgie (sur 90 000).

Mardi 5 février 2002, lors des questions d’actualité, André Gerin député communiste du Rhône est intervenu sur l’avenir de VMC. Il interpellait le gouvernement, le ministre de l’économie et des finances lui a répondu. « La loi de modernisation a ouvert des nouvelles possibilités en matière de droit et de pouvoir pour les salariés. Rendre plus difficiles « les licenciements boursiers » c’est l’article 107 de la loi censuré par le Conseil constitutionnel. La question reste entière pour imposer les moratoires des licenciements, pour défendre l’ambition industrielle de la France et remettre en discussion la loi de modernisation sociale. Toutes les dispositions doivent être prises pour mettre en échec la suppression de 405 emplois et la fermeture de l’usine de Givors. Franck Riboud, en abandonnant le secteur emballage a organisé une véritable escroquerie industrielle ; Danone a empoché 3,5 milliards en créant la filiale BSN GlassPack avec un montage financier spéculatif. Escroquerie avec les fonds de pension de la City Bank de Londres, CVC Capital Partners implanté dans le paradis fiscal du Luxembourg. Ce dossier a eu le feu vert de la Direction du Trésor sous le contrôle de la COB. »

C’est Laurent Fabius qui répond : « comme vous l’avez rappelé le groupe Danone est actionnaire minoritaire de BSN Glass Pack. Les dirigeants sont responsables de la stratégie industrielle… Il y a, vous le savez fort bien, des difficultés du secteur verrier en Europe, mais cela ne justifie en rien une remise en cause unilatérale par BSN d’engagements pris à 1’égard de ses salariés et du Bassin de Givors. C’est dans cet esprit que nous sommes à la disposition des salariés bien sûr, pour le cas échéant s’ils le souhaitent, une rencontre. Nous suivons très attentivement l’ensemble de ce dossier en ayant à l’esprit à la fois sa dimension économique bien sûr, mais d’abord sa dimension sociale ». Le même Laurent Fabius qui vingt ans plus tôt, dans le gouvernement Mauroy, préparait la « modernisation industrielle de la France ». L’accompagnement des restructurations industrielles voulues par les actionnaires afin d’accroître les dividendes et faire monter les cours de bourse.

Sources : www.vie-publique.fr/ ; http://rhonesudinfo.fr/