Près du Havre, le benzène de la zone industrielle pollue l’air des écoles. L’émission « Vert de rage » de France 5, qui sera diffusée en septembre, a mené l’enquête sur la pollution générée par la zone industrielle de Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime. Des prélèvements d’air, de sol et d’urine ont été réalisés. Les résultats sont préoccupants à partir de mesures de la qualité de l’air et nombreux prélèvements à l’appui.

Cette petite ville des bords de la Seine compte neuf entreprises et usines classées Seveso. Elles présentent, par les matières dangereuses qu’elles sont amenées à manipuler, des risques d’accidents majeurs. On y trouve notamment la plateforme de raffinage de Total, la plus grande de France et la première émettrice de benzène du pays en 2020, selon les données analysées par l’émission. Ce polluant, un composé organique volatile présent naturellement dans le pétrole brut, est un cancérigène avéré pour l’homme.

L’incendie de Lubrizol à Rouen et une pollution ressentie à plus de 40 km à la ronde.

Le benzène est classé par le CIRC comme cancérogène avéré pour l’homme (groupe 1) sur la base de leucémies observées dans des études épidémiologiques et animales. L’inhalation est la voie principale d’exposition au benzène. Ses sources d’émission sont les processus de combustion, le transport routier, et les activités industrielles. Entre 5 et 18 % des leucémies seraient dues à une exposition professionnelle au benzène. Les employés les plus exposés sont ceux travaillant dans la fabrication, le transport ou l’utilisation de benzène, dans l’utilisation de carburants automobiles, et ceux manipulant du benzène pur (laboratoires). Les tableaux 4 du régime général et 19 du régime agricole reconnaissent (avec d’autres maladies hématologiques) les leucémies et le syndrome myéloprolifératif en tant que maladies professionnelles suite à une exposition au benzène.

Des analyses d’urine de 23 enfants ont aussi été réalisées au laboratoire de l’hôpital public de Liège (Belgique). Ces enfants sont scolarisés dans la commune et vivent à proximité de la plateforme industrielle. Du naphtol-2, le marqueur du naphtalène, un dérivé de goudron, de houille ou de pétrole, suspecté d’être cancérigène, a été retrouvé en quantité importante : la médiane des concentrations est 67 % plus élevée que celles des enfants allemands. Faute d’étude menée en France, il n’a pas été possible de faire une comparaison avec le reste du pays.

Les premières habitations se trouvent à moins d’un kilomètre de la zone industrielle et plusieurs habitants s’inquiètent de cette pollution. Pour la mesurer, « Vert de rage » s’est associée à Valérie Gros, directrice du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, pour réaliser des prélèvements d’air, à proximité de l’usine et de plusieurs écoles de la commune. Plusieurs mesures ont été réalisées au même endroit afin de confirmer les résultats. La valeur limite pour la protection de la santé humaine (5 μg/m3 en moyenne annuelle) est dépassée, de manière ponctuelle, à trois endroits : près de l’usine (39 μg/m3) et devant deux écoles (48,5 μg/m3 et 13,9 μg/m3).

Des pics préoccupants que n’affichent pas les trois stations de mesure locales du réseau Atmo Normandie, une association de surveillance de la qualité de l’air. Ces stations ne mesurent pas toutes en continu le benzène, n’affichent que des moyennes, plus rassurantes. Et aucune station ne se trouve à proximité immédiate de la zone industrielle, l’une des plus importantes sources de pollution de la ville. Pour Valérie Gros, « Gonfreville-l’Orcher est un ‘hotspot’ de la pollution au benzène, même si les résultats de l’équipe de ‘Vert de rage’ montrent la présence d’autres polluants problématiques. Il faudrait davantage de campagnes de mesures sur place pour mieux cartographier l’exposition à ce polluant ».

Enfin, des échantillons de sol ont été prélevés par un laboratoire indépendant et certifié dans un jardin ouvrier traversé par une canalisation de pétrole. La concentration en hydrocarbures aromatiques polycycliques, un groupe de composés où figurent de nombreux polluants cancérigènes et mutagènes, y est très importante (cinq fois le seuil de concentration naturelle), voir astronomique (112 fois) pour la partie touchée par une fuite il y a quelques mois, mais qui est censée avoir été nettoyée. Contactée, la Société Total n’avait toujours pas répondu au moment de la parution de l’article.

Source : https://www.francetvinfo.fr/ (06/04/2022) ; www.cancer-environnement.fr/