Les autorités le répètent, à raison. L’eau du robinet est l’un des aliments les plus surveillés et contrôlés en France. Certaines molécules retiennent de plus en plus l’attention : les pesticides. Une fois épandus sur les cultures, ils s’infiltrent dans les sols et y restent pendant des années. L’eau du robinet, souvent puisée dans les nappes souterraines, en garde des traces à des niveaux parfois élevés.

« Les effets à long terme sur la santé d’une exposition à de faibles doses de pesticides sont difficiles à évaluer », note le ministère de la Santé. Et cette incertitude pèse encore plus sur un type de substance en particulier : les métabolites. Il s’agit de molécules issues de la dégradation des pesticides une fois épandus. Le glyphosate se transforme en Ampa ; le chloridazone se transforme en chloridazone desphényl… A partir de combien de microgrammes (μg) de métabolite par litre l’eau du robinet devient-elle toxique ? Pour quelques molécules, on l’ignore encore, et le principe de précaution n’est pas toujours appliqué.

L’analyse conduite par l’association Vert de rage (Martin Boudot) et validée par Jacob de Boer professeur de chimie révèle des quantités alarmantes de perfluorés dans l’environnement du site industriel d’ARKEMA à Pierre-Bénite. Dans l’eau du Rhône, dans l’air, dans le sol et (plus inattendu) dans le lait maternel ! Dans l’air, les taux de PFOA mesurés jusqu’à huit fois supérieures aux valeurs de référence de l’ONU. Dans les sols, les teneurs en PFUnDA dépassent de 83 fois les normes néerlandaises (249 microgrammes/kg contre 3 µg/kg), utilisées comme référence faute de réglementation française. Dans les eaux rejetées par l’usine dans le Rhône, le taux de PFAS est 36 414 fois supérieur à celui relevé dans le fleuve en amont (364 144 nanogrammes/litre contre 10 ng/l). Tous les échantillons d’eau du robinet dépassent les normes européennes qui doivent bientôt entrer en vigueur en France (plus de 200 ng/l sur trois captages contre 100 ng/l). Et la moyenne des PFAS retrouvés dans le lait maternel est deux fois plus importante que chez les femmes hollandaises (160,7 ng/kg contre 70,7 ng/kg).

Les premières mesures fournies par la Métropole de Lyon révèlent un taux de 12 ng/litre de perfluorés dans l’eau potable. Mais cette mesure ne porte que sur deux perfluorés. Evidemment, le taux se situe bien en dessous de la norme européenne qui n’entrera en vigueur qu’en janvier 2026. Dans ces condition, le site Internet de la Préfecture du Rhône peut communiquer : « l’ARS ne recommande pas de restriction de la consommation de l’eau » ! Sauf que la Métropole de Lyon a fait parvenir aux maires de Givors et Grigny les résultats de la campagne de mesure de vingt perfluorés qu’elle a diligentée pour contrôler les eaux prélevées dans les réservoirs de Grigny et Givors. Les dernières mesures, contrôlant cette fois 20 perfluorés, font apparaître une concentration de perfluorés comprise entre 138,2 ng/L à Grigny et 166,6 ng/L à Givors pour le captage de Ternay dont dépendent les deux communes, soit un taux bien supérieur à la future norme (Communiqué des maires de Givors et Grigny, 10/06/2022). A Chasse-sur-Rhône, les résultats font apparaître une concentration de perfluorés comprise entre 130 et 180 nanogrammes/L.

Les pesticides se diffusent jusque dans le corps humain, origine de cancers

Selon une étude scientifique publiée par l’Inrae les PFAS ont fait l’objet d’analyses dans la chair des poissons, montrant un accroissement notable des concentrations de plusieurs PFAS à 40 km en aval de Lyon, dans l’Île du Beurre. Les PFAS, composés très persistants, ont un comportement différent des micropolluants hydrophobes « classiques », justifiant de chercher à mieux comprendre leur devenir et leurs voies de transfert dans les réseaux trophiques, le rôle du sédiment dans ce devenir, et les facteurs contrôlant l’accumulation par les organismes. La présente étude visait à mieux comprendre le devenir des PFAS dans le Rhône.

Les poissons du Garon (affluent du Rhône) sont aussi contaminés. Le Garon connaît des taux de contamination importants dans la chair des poissons, similaires à ceux en aval de Pierre-Bénite. Or, le Garon ne plonge dans le Rhône qu’à plusieurs km au sud des usines de Pierre-Bénite, à Grigny. Selon la fédération de pêche 69, le bassin-versant est perfusé d’eau du Rhône via les réseaux d’irrigation agricole. En effet, l’eau du Syndicat mixte hydraulique puisée dans le Rhône à la Tour de Millery sert à irriguer les cultures maraîchères des monts du Lyonnais… Une pollution qui se diffuse.

Sources : www.francetvinfo.fr/  ; www.leprogres.fr ; https://hal.inrae.fr/hal-02603445.