« Depuis 2015, vingt-cinq enfants ont déclaré un cancer dans un périmètre de 15 kilomètres autour de la commune de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique). Il ne se passe donc pas six mois sans qu’un nouvel enfant soit atteint. Une jeune fille est décédée il y a quelques semaines, portant à sept le nombre de morts liées à un cancer pédiatrique dans la zone. Un enfant mort, c’est un de trop. Sept, c’est intolérable. ». Ainsi s’est exprimée Sandrine Josso, Députée (MoDem) de Loire-Atlantique dans une tribune publiée dans Le Monde du 11 août 2021.

La députée rappelle les alertes intervenues depuis plusieurs années : dès 2017, l’agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire se saisit de l’affaire à la suite du signalement d’une lanceuse d’alerte. Aucun lien direct n’est établi entre les polluants et les cancers, et aucune enquête complémentaire n’est diligentée. Bis repetita en février 2019, lorsque l’ARS saisit Santé publique France (SPF). Cette dernière conclut bien à la présence d’un foyer de cancers pédiatriques, mais ne préconise pas la poursuite d’analyse de données environnementales pour déterminer la cause des cancers. La députée interpelle : « la démission des responsables publics doit nous interroger. »

En mars 2021, l’association Registre des Malformations en Rhône-Alpes (Remera), qui a une double mission de santé publique et de recherche, publie une nouvelle étude pour démontrer qu’il y a bien un « cluster » de bébés nés avec une malformation des bras dans l’Ain, entre 2009 et 2014, dans un rayon de quelques kilomètres autour de la commune de Dompierre-sur-Veyle. L’association Remera, le plus ancien des six registres français des malformations congénitales et lanceur d’alerte sur plusieurs cas de bébés aux bras malformés dans l’Ain, affirme dans une étude que ce phénomène n’est pas « lié au hasard », alors que les autorités ne reconnaissent pour l’instant aucune anomalie statistique pour ce territoire.

Les verriers exposés à l’amiante, à la silice, à l’arsenic, aux hydrocarbures, benzène, solvants, aux huiles minérales reconnus en maladies professionnelles.

Au printemps 2009, l’association des anciens verriers de Givors publie une étude de santé sur les anciens salariés de la verrerie. L’analyse, réalisée à partir de 209 réponses aux 645 questionnaires envoyés (soit près du tiers) révèle 127 cas de malades ou décédés, soit plus de 50 %. Ce sont 210 pathologies qui sont observées (un même individu pouvant en développer plusieurs). Parmi ces pathologies, on relève 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées, 10 autres non déterminées, 11 morts subites et 10 décès dont les causes ne sont pas précisées. L’étude est présentée en mairie de Givors le 19 octobre 2009 en présence de représentants du maire, de la direction régionale du travail, de la médecine du travail, du médecin inspecteur régional du travail et du médecin du travail de l’entreprise. La représentante de la Cellule interrégionale d’études épidémiologique (CIRE), rattachée à l’ARS, présente à la réunion, conteste les chiffres au prétexte que l’étude ne serait « pas scientifique ». Invitée à la faire réaliser par la CIRE qu’elle représente, elle décline l’invitation au prétexte que des études épidémiologiques sur les verriers « il y en a plein les tiroirs ». Vérification faite, il n’en existe aucune.

La suite du combat des verriers a largement démontré la véracité des chiffres avancés. Seize maladies professionnelles sont reconnus dans leurs rangs : une leucémie après exposition au benzène (tableau 4), un cancer cutané lié à l’exposition à l’arsenic (tableau 20), une silicose liée à l’exposition à la silice (tableau 25), neuf cancers des poumons liés à l’exposition à l’amiante (tableaux 30 et 30 bis), deux dermatoses liées à l’exposition aux huiles minérales, un cancer du pharynx et un autre du plancher buccal liés à une polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et solvants (reconnus hors tableaux, confirmés en Cassation).

Avec la députée, réaffirmons qu’il faut « passer du principe de précaution au principe de prévention ». La parlementaire en réaffirme quelques moyens. « En croisant les données de SPF avec les données environnementales et de biodiversité, nous pourrions mieux saisir l’ampleur de l’effet cocktail. Ces informations en main, le passage à l’action sera plus efficace. Ensuite, la création de moratoires relatifs aux installations dans les agglomérations où une surmortalité est observée est nécessaire et urgente. Mettons également un terme aux dérogations préfectorales permettant une poursuite des activités industrielles sans prise en compte du danger. Des observatoires de la santé environnementale pourraient recueillir les informations et établir des contrats locaux de santé consacrés à la diminution de la concentration de substances dangereuses. Tout aussi fondamentale, la recherche doit être consolidée avec des budgets mieux fléchés. Mettre à jour et publier ouvertement le nombre de cancers pédiatriques et de cancers adultes par commune permettra à chacun de s’informer librement. Les entreprises ont aussi un rôle à jouer. Peu importe leur taille, dès lors qu’elles émettent des polluants cancérogènes, elles doivent être répertoriées sur une liste publiée dans Géorisques [une base de données publique qui diffuse de l’information sur les risques naturels et technologiques] et communiquer sur leur respect des réglementations nationale et européenne concernant les seuils d’émissions. Impliquons-les entièrement dans la résolution de cette situation, en exigeant des mesures transparentes et leur participation au financement des associations de surveillance de la qualité de l’air. »

Ne laissons pas tranquilles les pollueurs patentés, ni les services de santé plus que laxistes dans leurs prérogatives, ni les services de l’État aussi conciliants avec les intérêts des multinationales de la chimie. Agissons.

Sources : www.lemonde.fr/, 11/08/2021 ; Emmanuelle Amar, Un silence toxique, Seuil 10/2019.