Alors que de nombreux maires adoptent des arrêtés interdisant les pesticides sur le territoire de leur commune, le ministre de l’Agriculture a tenté d’éteindre l’incendie en lançant une consultation visant à faire accepter un périmètre de « protection ». Mais avant de rendre publique les résultats, il décide. A partir du 1er janvier 2020, tous les agriculteurs devront respecter une distance de 5 à 20 mètres entre les habitations et les champs traités avec des produits phytosanitaires. Face aux multiples expositions auxquels sont confrontées les riverains des champs traités par les pesticides de synthèse, il est grand temps d’obtenir un véritable périmètre de protection d’au moins 150 mètres. Pour ne pas laisser les paysans sans solution, cette interdiction doit être accompagnée d’un appui technique et financier. Pas seulement.

Les pesticides sont omniprésents dans l’air, l’eau, les sols et l’alimentation. Glyphosate, chlordécone, méthamsodium… constituent une pollution diffuse, permanente. Pas une semaine sans que la dangerosité des pesticides ne soit pointée du doigt par des associations environnementales, des chercheurs et des victimes. Il convient de s’interroger plus fondamentalement et scientifiquement sur l’usage, la nature des pesticides utilisés et les modes de culture mis en œuvre aujourd’hui.

En plus de leur persistance dans l’environnement, un autre problème majeur est le nombre de produits existants. Plus de 300 principes actifs sont autorisés en France. Insecticides, fongicides ou herbicides… Avec plus de 65 000 tonnes épandus chaque année dans les cultures agricoles, la France reste l’un des premiers utilisateurs mondiaux de produits phytosanitaires.

Dangereux, les pesticides peuvent l’être d’abord, de façon directe, pour les agriculteurs. En 2012, la maladie de Parkinson a ainsi été reconnue comme maladie professionnelle liée à l’usage des pesticides. Mais l’exposition touche aussi les riverains des zones agricoles et les consommateurs. Car les pesticides ne s’arrêtent pas aux champs. Ils pénètrent dans les légumes et les fruits que nous mangeons. Difficile de quantifier avec précision tous les méfaits de ces substances chimiques sur la santé. L’un des défis consiste à mesurer l’effet cocktail, autrement dit l’impact cumulé de plusieurs substances qui interagissent entre elles à l’échelle d’une vie.

Pulvérisation de désherbant sur un champ de blé mûr France ; Cette pratique commune mais inégalement répartie en France a pour but d’éliminer le Chiendent, en particulier en bordure de parcelle cultivée. En effet, le traitement au Roundup (TM) doit atteindre les parties foliaires de cette adventice. Un traitement après récolte seriat donc inutile. Le traitement se fait environ huit jours avant la récolte, sur une bande de 25 m en bordure.

Pour Didier Guillaume, ministre de l’agrochimie, au-delà de 5 m des habitations et des cours d’école, nul besoin de réglementer l’épandage des pesticides de synthèse. Le-dit ministre de l’agriculture est aussi ancien dirigeant de la puissante FNSEA, syndicat dirigé par les gros exploitants agricoles de ce pays. Avec lui, les lobbies de l’agrochimie sont au pouvoir.

Le ministre justifie sa décision de tolérer l’épandage des pesticides à 5 m des habitations en s’appuyant supposément sur un avis de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, de l’Alimentation et l’Environnement (ANSES). Or, que dit cet avis ? « La méthodologie actuellement utilisée dans le cadre de l’évaluation des dossiers de produits phytopharmaceutiques est basée sur le document guide de l’EFSA (2014). […] Dans les documents de l’EFSA, il est précisé que l’évaluation de l’exposition des personnes présentes et des résidents repose sur des données limitées issues d’études effectuées dans les années 1980. […] A ce titre, l’EFSA recommande la réalisation de nouvelles études pour affiner l’évaluation proposée. »

Il serait temps de remettre les pendules à l’heure. L’EFSA, Autorité européenne de sécurité des aliments, se base sur des données datant d’environ 40 ans pour évaluer l’exposition des riverains à des produits toxiques. l’ANSES ajoute que « la méthodologie présentée dans le document guide de l’EFSA permet une estimation de l’exposition des résidents uniquement à des distances de 2-3, 5 et 10 m ». Au-delà de cette distance, aussi étonnant que cela puisse paraître, l’agence européenne ne dispose pas d’estimations ! Même pas d’analyses effectuées directement chez les habitants. Des estimations issues pour l’essentiel de données fournies… par les industriels !

Sources : https://communesanspesticides.agirpourlenvironnement.org; www.francetvinfo.fr/ ; www.france.tv/france-5/ (17/12/2019).

elit. dolor commodo massa Praesent elementum facilisis Aenean Curabitur at id,