Les femmes aussi sont victimes de maladies d’origine professionnelle.

Parmi ses recherches sur les risques professionnels à la verrerie de Givors, l’association des anciens verriers s’est intéressée aux risques connus parmi le personnel féminin. Parmi les 66 femmes connues dans les effectifs de la verrerie, les 2/3 furent affectées au secteur de production : 17 au choix ; 11 au rechoix ; 5 au ménage ; 4 aux expéditions ; 5 au bureaux de fabrication/atelier, magasin/chargement ; 24 aux bureaux paie/infirmerie/personnel.

Pour les 20, dont on connaît les causes de maladies ou de décès, on observe (avec leur poste d’affectation) : 5 cancers du sein (bureau/magasin/atelier, rechoix) ; 4 tumeurs au cerveau (choix, décor, rechoix, ménage, bureau/atelier/fabrication) ; 2 leucémies (ménage, accueil) ; 1 légionellose (expédition) ; 1 cancer du foie (choix) ; 1 cancer généralisé après 24 ans à la verrerie (ménage) ; 1 mort subite (bureau/magasin) ; 1 cancer estomac, pancréas (choix) ; 1 problèmes neurologiques (rechoix) ; 2 cancers non précisés (choix, ménage).

La direction de la verrerie prend des mesures pour préserver la santé des émanations, en 1993.

Pour l’essentiel, ces femmes victimes de cancers travaillaient à proximité des secteurs de fabrication, particulièrement proches du traitement de surface à froid (150/200°), au décor, choix et rechoix. Les traitements à froid sont des acides gras ou des émulsions de polyéthylène appliqués par pulvérisation à l’aide de pistolets qui circulent entre les rangées, sur et sous le tapis de transfert. Les ateliers ne sont pas étanches. Les ouvriers rappellent en outre : « ces produits qui faisaient péter les plaques Éternit du toit, elles ont dû être remplacées par de la tôle métallique qui s’oxydait ensuite. A tel point qu’il fut rapidement interdit de marcher sur le toit ».

Produits utilisés, avec leur classement de dangerosité par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), l’Union européenne (UE) ou la Sécurité sociale : Silane (avant 1985)1 ; AP5 ; Scellover2 ; Duracôte ; Polyglas D3232 ; Microglas 232 ; cataliseur IRS 97 ; promoteur adhérence IRS 156 ; Certicoat TC1003 ; autoporteurs au diesel (groupe 1, CIRC/IARC) ; Polyglass CT 51 (R-22, R-36, R-38, UE) ; Polyglass EC 75, (R-36, R-38, UE) ; Pulvésol 138, (Tableaux MP de la Sécurité sociale n° 36)4.

Agents chimiques dangereux et produits dits CMR (cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction) ont été identifiés à partir des fiches de sécurité. Les fiches de données de sécurité ne disent pas tout, mais quand même prenons ce qu’il y a pour aller plus loin. Nous sommes dans une situation de polyexposition. Qui peut dire que le mélange de deux ou plusieurs produits, combinés à la chaleur, ne peut pas être explosif pour la santé ? Personne. Nous nous situons dans les intermédiaires de synthèse, tout ce qui est produit en cours de production (poussières, gaz, fumées, etc.). Dans cette situation, il n’y a pas de « valeurs limites » d’exposition définies ! Ce sont des faibles doses qui font du mal à long terme, pas à court terme 15, 20, 30 ans après les cancers se déclarent.

Comme les hommes, les femmes furent exposés aux risques professionnels de la verrerie. Et dans des proportions importantes.

1Selon la fiche de sécurité de 1986, « Ce produit peut causer l’irritation de la peau, des yeux et des voies respiratoires supérieures ». Elle précise la conduite à tenir en cas d’accident : « En cas d’inhalation des vapeurs, amener la personne dans un endroit aéré. Si elle ne respire plus, pratiquer la respiration artificielle. Lui donner de l’oxygène, la maintenir au chaud et la transférer au service médical d’urgence le plus près ».

2Extrait du procès-verbal du CHSCT de VMC-Givors du 1er trimestre 1998, concernant le Scellover : « On avait crû comprendre que le Scellover était interdit, or on s’en est servi à la machine n° 71 il y a environ un mois et demi et sans hotte d’aspiration », relèvent les délégués ouvriers.

3Corrosif, provoque des brûlures, nocif par inhalation, irritant pour les voies respiratoires, toxique pour les organismes aquatiques, selon la FDS.

4Pour plus d’informations sur les risques identifiés à la verrerie de Givors, voir l’article de Laurent Gonon Maladies professionnelles des verriers : le déni des droits, dans le numéro d’octobre 2015 du Journal de médecine légale, Droit médical, pages 343-368.

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