L’amiante n’a pas disparu de notre environnement et continue de tuer.

La France estime que l’amiante pourrait être responsable de 100 000 cancers d’ici 2025. Cette fibre tueuse a pourtant été interdite, dès 1972, au Danemark, puis aux Etats-Unis et en Suède. Il fallu attendre 1996 pour que la France interdise son usage, après de multiples tergiversations encore objet de procédures au pénal qui n’aboutissent pas. En 2005, l’interdiction s’étendit à toute l’Union Européenne. L’amiante est aujourd’hui banni dans une soixantaine de pays. Mais, cette fibre qui a longtemps été qualifiée de produit magique par les professionnels du bâtiment est encore présente dans de très nombreux immeubles.

Dans les entreprises, il n’en manque pas. A la verrerie de Veauche (42), une étude réalisée en 2015 par un service de sécurité révélait sa présence dans l’ensemble de l’entreprise. Y compris dans les bureaux. Vingt ans après son interdiction ! Mais, hélas, ce n’est pas une exception. A l’usine Kem One de Saint-Fons, où elle avait été appelée par les élus CGT au CSE (comité social et économique) « L’inspectrice a été effarée en constatant l’état de dégradation amiante de nos installation », interpelle le syndicat de l’entreprise dans un tract. L’information révèle d’ailleurs que le DTA (Document Technique Amiante) n’a pas été mis à jour depuis 2006. Douze années de retard qui conduisent à la nécessité de le revoir dans sa totalité. Les bâtiments se dégradent, l’amiante se dégrade de partout et dans certains ateliers des morceaux traînent parterre.

© oeuvre INRS.
Fibrilles de chrysotile grossies 50 000 fois par microscopie électronique à transmission

L’amiante est un cancérogène avéré qui peut déclarer la maladie plusieurs dizaines d’années après l’exposition. Mais c’est aussi un cancérogène « sans seuil » selon les scientifiques. C’est à dire qu’il suffit d’une fibre fichée dans le poumon à un moment de l’exposition, pour qu’à terme elle devienne mortelle.

On considérait que 20 ans après la loi, l’amiante était un problème du passé à reléguer aux archives. Il n’en est rien. Les chiffres sont impressionnants, il reste 40 millions de tonnes à démanteler sur 50 000 sites, sans parler de toutes les décharges illégales où l’amiante a été enterré dans la nature sans précaution. Les désamiantages très médiatisés de l’Université de Jussieu ne sont que la partie émergée de l’iceberg. De très nombreux bâtiments publics, dont des écoles, se révèlent aujourd’hui dangereux. A tel point que certains professeurs ont voulu marquer leur inquiétude par une journée de grève.

En France, c’est le tribunal de Créteil en banlieue parisienne qui est sous le feu de la critique. Une des juges qui y a officié pendant dix ans, Françoise Bienvenu est morte d’un cancer foudroyant en été 2018. Aujourd’hui, ses enfants veulent faire reconnaître la maladie de leur mère comme une maladie professionnelle. Seule la mobilisation des travailleurs et de la population imposera des actions efficaces et déterminées de désamiantage de la part de autorités politiques.