Pollution, les véritables causes de dégradation de la santé.

L’agence Santé publique France (SPF) a pris la décision d’arrêter les investigations sur 13 cancers pédiatriques, survenus entre 2015 et 2019 au sein de l’école Notre-Dame-de-Lourdes dans la commune de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique). Cette décision a été prise en raison de l’absence de cause commune retrouvée par l’agence lors de son enquête épidémiologique. Le 2 septembre dernier, l’agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire avait déjà rendu public le résultat de son enquête sur la pollution environnementale. L’ARS n’avait pas trouvé les polluants recherchés, tous liés à la proximité de l’usine de traitement de bois située en face de l’école : hydrocarbures, pesticides, benzopyrène et benzène. Les taux de polluants dans les sous-sols, les eaux souterraines et l’eau potable ne dépassaient pas les normes autorisées (https://www.lequotidiendumedecin.fr/, 21/11/2019)

Les personnes résidant le plus près de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) souffrent davantage de problèmes de santé, notamment des cancers cumulés et de l’asthme, que celles qui vivent dans des communes plus éloignées du site. « Il existe une gradation statistiquement significative en termes de prévalence de pathologies entre les villes de Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis et Saint-Martin-de-Crau. Cette gradation serait liée à la distance de la zone industrielle », indiquent les chercheurs de l’Etude participative en santé environnement ancrée localement (Fos-Epseal).

Pour le deuxième volet de cette étude financée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), ils ont interrogé les habitants de Saint-Martin-de-Crau, à 30 km au nord de Fos. Les répondants, soumis aux émissions du trafic routier mais aussi à la pollution industrielle dispersée par les vents, souffrent davantage de maladies chroniques, respiratoires et de cancers que la moyenne nationale : 12,4% ont été diagnostiqués pour un cancer au moins au cours de leur vie, contre 6% en France. Mais la prévalence de ces maladies reste plus importante à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis, où les habitants sont plus directement exposés aux polluants industriels. « L’état de santé des habitants du front industriel serait plus fragilisé qu’à Saint Martin-de-Crau concernant les problèmes respiratoires dans leur ensemble (et en particulier les allergies respiratoires autres que l’asthme) et les symptômes chroniques (irritations des yeux, maux de tête, problèmes de nez/gorge et problèmes de peau chroniques) », concluent les chercheurs (https://www.francetvinfo.fr/, 18/06/2019)

Ces observations en Loire-Atlantique et dans les Bouches-du-Rhône mériteraient mieux que l’arrêt des investigations par l’agence SPF. La carte de France des pollutions aux particules de moins de 2,5 microns, en moyenne sur 2007-2008, selon les données de SPF, montre assez que si les vallées de la Saône et du Rhône, couloir de grandes migrations européennes bien marqué, les zones de forte pollution s’étendent bien au-delà des axes de circulation. Cela pose la question du contrôle de fonctionnement des sites industriels. L’incident de la raffinerie de Feyzin en 2016 vient nous rappeler une donnée illustrative bien régionale.

Avec 48 000 décès prématurés en France, la pollution aux particules fines tue presque autant que l’alcool (49 000 morts) et guère moins que le tabac (78 000 morts), selon S.P.F. L’exposition quotidienne augmente le risque de développer des maladies respiratoires (asthme, allergies) et cardio-vasculaires (infarctus). A Lyon, l’exposition aux particules fines PM2,5 – les plus dangereuses car elles pénètrent dans les ramifications les plus profondes des voies respiratoires et dans le sang – coûte 5,7 mois d’espérance de vie à l’âge de 30 ans. Si le niveau de PM2,5 recommandé par l’organisation mondiale de la santé (OMS) était respectée, soit 10µg/m³, près de 280 décès prématurés pourraient être évités chaque année, dont 130 pour des causes cardio-vasculaires, selon l’étude européenne Aphekom. Or, au cours du mois écoulé (le 9 décembre 2016), le niveau de PM2,5 a été situé sous cette valeur seulement deux jours à Lyon, les 20 et 21 novembre (9µg/m³), selon les relevé Atmo. Mardi (6/12) jour du pic de pollution aux PM10, le PM2,5 atteignait 66µg/m³. La diminution du niveau de PM10 au niveau de la valeur guide de l’OMS (20g/m³) permettrait, elle, de différer dix-huit décès et d’éviter plus de quarante hospitalisations pour des motifs cardiaques, selon la même étude. (Le Progrès, 10/12/2016). Le 10 décembre, précisément, « le taux de pollution aux particules était de 78 µg/m³ », selon la préfecture. Les opérations de réglage du vapocraqueur de la raffinerie de Feyzin se poursuivaient, le niveau d’alerte 1 restait en vigueur dans l’agglomération. « Les premiers éléments de l’enquête de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) montrent, à partir des données fournies par Total, que les valeurs de concentration de particules fines s’avèrent « très basses » sur le site et dans le proche périmètre de la raffinerie », mais le groupe Total, sollicité à plusieurs reprises, n’a pas souhaité répondre aux questions des journalistes (Le Progrès, 13/12/2016). En septembre 2019, le Tribunal administratif de Lyon a reconnu une « faute de l’État à raison des insuffisances du plan de protection de l’atmosphère de l’agglomération lyonnaise » dans la gestion des pics de pollution, particulièrement celui de décembre 2016 avec des mesures « tardives et inadéquates » (Le Progrès, 28/09/2019).

Ainsi, Lyon est en alerte à la pollution de niveau 1, mais la Dreal – organisme officiel – communique à partir des seules données de la raffinerie de Feyzin en train de régler un incident majeur de production. Empoisonnant les Lyonnais et leurs deux millions d’invités pour la fête des lumières du 8 décembre. Le seuil réglementaire d’information pour le dioxyde de soufre est de 300 µg/m³, mais « Si le vent souffle du mauvais côté, les polluants peuvent passer à côté des capteurs », note un spécialiste (cf. Le Progrès, 17/08/2018). Il est temps de revoir les sources d’information sur la pollution, de les rendre indépendantes de l’industrie et s’attaquer aux véritables causes de dégradation de la santé.

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