Pour le plus grand profit des actionnaires de l’industrie pharmaceutique.

Après avoir mis en lumière les millions dépensés par l’industrie pharmaceutique pour influencer médecins et députés, puis montré comment elle pille le budget de la Sécurité sociale avec des médicaments au prix de plus en plus exorbitant, les « Pharma Papers » poursuivent leur investigation sur le terrain, au cœur des stratégies d’influence des labos.

Des campagnes de prévention dans le métro parisien, apparemment neutres et bien intentionnées, mais qui encouragent subtilement les passagers à se faire diagnostiquer et à privilégier tests et traitements commercialisés par un laboratoire pharmaceutique. Des associations de malades mises à contribution pour faire pression sur les autorités publiques ou relayer les stratégies marketing de l’industrie. Une presse médicale largement sous influence – à quelques exceptions notables près.

Le deuxième volet des « Pharma Papers » a montré comment les dépenses de médicaments de la sécurité sociale continuaient à augmenter – malgré les déremboursements et les plans d’économie – pour le plus grand profit des laboratoires pharmaceutiques. La faute à des médicaments toujours plus onéreux, sans toujours présenter un intérêt médical réel. Un système où les profits sont accaparés par les industriels, aux dépens des finances publiques et de la solidarité collective, et où l’intérêt des patients est souvent oublié.

Si un tel système perdure, c’est entre autres parce que les labos sont passés maîtres dans l’art de cacher leur recherche de profits derrière des apparences neutres, voire humanitaires. D’où leur générosité très intéressée envers les associations de malades ou la presse médicale, que les industriels tentent d’instrumentaliser sur fond de désengagement de l’État.

Le troisième volet des « Pharma Papers » entre en résonance avec l’enquête mondiale coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation sur les « Implant Files ». Le scandale des implants.

Les Professeur Philippe Even et Bernard Debré avait déjà montré que plus l’industrie pharmaceutique « investit en recherche, moins elle découvre ! », pour justifier des prix très élevés des médicaments. En fait, ces prix prohibitifs sont là pour assurer une rentabilité annuelle de 15 à 30 % aux actionnaires. Montrant que les Etats acceptent ces prix, tantôt en croyant au mythe de la supériorité des 2e générations sur la 1re et de la 3e sur la 2e, etc. « tantôt par faiblesse devant les pressions de l’industrie, tantôt par corruption, ignorance, lâcheté, incompétence, irresponsabilité, connivence ou impuissance. Ou les sept à la fois ».

Dans Le racket des laboratoires, les auteurs donnent l’exemple de Sanofi, le fleuron de l’industrie pharmaceutique française. Il réalise en 2014 un chiffre d’affaires de 33,7 milliards d’euros, avec un résultat net de 6,8 milliards : plus de 20 % du chiffre d’affaires ! En dix ans, de 2004 à 2014, le budget de recherche et développement du groupe est passé de 17 à 14 % du chiffre d’affaires. Et le nombre de salariés en CDI dans la recherche pharmaceutique est tombé de 6 212 en 2009 à 4 237 en janvier 2015.

Les privatisations intervenues dans les années 1990, mettant cette industrie du médicament à la disposition des intérêts financiers ont délesté les gouvernements de leur capacités d’intervention en ce domaine. Des choix politiques qu’il faudrait assumer.

Sources: https://www.bastamag.net/webdocs/pharmapapers/; Michèle Rivasi, Serge Rader, Marie-Odile- Berthella-Geoffroy, Le racket des des laboratoires pharmaceutiques et comment en sortir, éditions Les petits matins, 2015 ; Pr Philippe Even, Pr Bernard Debré, Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, Ed. Cherche Midi, 2012.