Alors que de plus en plus de maires adoptent des arrêtés visant à interdire les épandages de pesticides à au moins 150 mètres des habitations – à l’exemple du maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), qui avait pris un arrêté anti-pesticide, suspendu ensuite par le tribunal administratif de Rennes – le ministre de l’Agriculture a annoncé qu’il persistait à autoriser l’utilisation des insecticides et autres herbicides à seulement 5 mètres des habitations et autres cours d’école ! Tout en annonçant un périmètre de 5 m, le ministre a lancé une concertation supposée durer trois semaines. Schématiquement, le ministre prend une décision puis soumet sa décision à un simulacre de concertation… sur trois semaines. Alors qu’un sondage IFOP, à l’initiative d’Agir pour l’Environnement, montre que 96 % des personnes interrogées indiquent être favorables à l’interdiction de l’épandage de pesticides à 150 m des habitations. L’objectif du gouvernement est de fixer une distance réglementaire, pour éviter la multiplication des arrêtés municipaux.

Le ministre justifie sa décision de tolérer l’épandage des pesticides à 5 m des habitations en s’appuyant supposément sur un avis de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, de l’Alimentation et l’Environnement (ANSES). L’Agence écrit, page 5 de son avis : « La méthodologie actuellement utilisée dans le cadre de l’évaluation des dossiers de produits phytopharmaceutiques est basée sur le document guide de l’EFSA (2014). […] Dans les documents de l’EFSA, il est précisé que l’évaluation de l’exposition des personnes présentes et des résidents repose sur des données limitées issues d’études effectuées dans les années 1980. […] A ce titre, l’EFSA recommande la réalisation de nouvelles études pour affiner l’évaluation proposée. » L’agence européenne EFSA se base sur des données datant d’environ 40 ans pour évaluer l’exposition des riverains à des produits toxiques d’aujourd’hui !

A la page 16 de son avis, l’ANSES ajoute que « la méthodologie présentée dans le document guide de l’EFSA permet une estimation de l’exposition des résidents uniquement à des distances de 2-3, 5 et 10 m ». Au-delà de cette distance, aussi étonnant que cela puisse paraître, l’agence européenne ne dispose pas d’estimations. Encore s’agit-il d’estimations – et non d’analyses effectuées directement chez les habitants – issues pour l’essentiel de données fournies par les industriels.

De 5 mètres à 500 mètres, il y a de la marge pour imposer une distance protectrice des populations.

Les distances retenues par le ministre de l’agriculture sont très éloignées des 150 mètres prônés par les élus. Une distance que le ministre, Didier Guillaume, a qualifié mercredi de « folie pour le consommateur », estimant que cela conduirait à « la plus grosse artificialisation de terres jamais obtenue ». Artificialisation, à propos de laquelle Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement lance un « coup de gueule » et rappelle qu’« Épandre des pesticides toxiques, destructeur des insectes et des oiseaux, c’est artificialiser la vie, c’est mener une guerre contre le vivant dont nous ne mesurons qu’encore imparfaitement les conséquences irréversibles ».

Stéphen Kerckhove poursuit : « le ministre aurait pu accuser les écologiques d’une future famine à venir ! Porte-parole officieux du syndicat [agricole] majoritaire, le ministre semble avoir perdu toute mesure, incapable d’entrevoir la moindre évolution autre que symbolique ». Soulignant que « Par ces propos, le ministre reconnaît l’addiction de l’agriculture aux pesticides de synthèse, incapable, supposément, de produire une alimentation sans l’utilisation de produits toxiques. Déclaration qui étonnera sans doute les plus de 40 000 paysans bio qui, quotidiennement contribuent à l’autonomie alimentaire de la France ! »

Certaines études devraient amener le gouvernement français à davantage de prudence. Une exposition aux pesticides est fortement associée au développement de la maladie de Parkinson, assure un mémoire qui sera présenté par Parkinson Québec à la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles du Québec le 26 septembre prochain. Le mémoire va même jusqu’à évoquer un « lien de causalité » entre les pesticides et le parkinson, ce qui signifierait qu’une exposition aux pesticides serait ensuite directement responsable de l’apparition de cette maladie neurodégénérative. « La très grande majorité des études épidémiologiques revues concluent à un doublement du risque de [maladie de Parkinson] lié à l’exposition aux pesticides, peut-on lire dans le document rendu public. Ces résultats épidémiologiques sont constants dans le temps depuis 30 ans […]. » L’exposition résidentielle, dans les 500 mètres d’un lieu d’application d’une association de roténone, de manèbe et de zirame doublerait presque ce risque. Des tests réalisés sur des souris auraient démontré qu’une exposition pendant l’enfance multipliait jusqu’à six fois le risque de développer la maladie de Parkinson.

Les Français sensibilisés aux questions de santé, ne manqueront pas de se porter signataires de la pétition lancée par www.agirpourlenvironnement.org

Sources : www.francetvinfo.fr/ ; https://communesanspesticides.agirpourlenvironnement.org/ ; www.ledroit.com/

ut ipsum venenatis Praesent Aliquam eget lectus commodo sit Lorem