Le Compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P) créé en 2015, reviendrait en partie sur la table des négociations-mégotage de janvier 2019 pour faire avaler la réforme des retraites. Le principe du CP3 voyait chaque salarié travaillant dans des conditions pénibles accumuler des points, dont il pouvait ensuite se servir pour se former et se reconvertir, réduire son temps de travail ou partir plus tôt à la retraite. Quatre facteurs de pénibilité étaient alors pris en compte : travail de nuit, travail répétitif, travail en milieu hyperbare, travail d’équipe en horaires alternants.

En 2016, six autres critères venaient s’ajouter au compte pénibilité : postures pénibles, bruit, températures extrêmes, manutention manuelle de charges, exposition à des agents chimiques et vibrations mécaniques. Pour les employeurs, la contrainte d’une déclaration annuelle s’avérait d’autant plus complexe qu’ils n’avaient pas envie de mettre en évidence les contraintes… du travail : la mise en évidence des « seuils » de risques à chacun des postes de travail. Les entreprises devaient insérer ces éléments dans le « Document unique d’évaluation des risques » (DUER). Déjà qu’ils se refusent à délivrer des attestations d’expositions à l’amiante et aux produits toxiques, alors… s’était beaucoup leur demander.

Dix-sept ans après la circulaire de la Direction des relations de travail (18/04/2002), seuls 58 % des dirigeants d’entreprises de plus de 50 salariés ont mis en place un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), selon l’enquête réalisée par Consumer Science & Analytics pour Itelis sur la connaissance des dirigeants et DRH en matière d’obligations de prévention de risques professionnels. Un quart des responsables interrogés pensent que le DUERP est facultatif. Ils oublient que cette obligation légale est pénalement sanctionnée (article R 4121-1 du Code du travail).

A la verrerie, le graissage des moules à 800° dégage une vapeur d’hydrocarbure hautement cancérogène, des HAP., toutes les 20 minutes. L’amiante y est largement utilisée.

En 2017 sous le gouvernement d’Edouard Philippe, et par ordonnance, le C3P perdait un P au passage et devint C2P : le « Compte professionnel de prévention ». Quatre facteurs de risque disparaissaient du comptage, la manutention de charges, les vibrations mécaniques, les postures pénibles et les risques chimiques. Pour bénéficier d’une retraite anticipée, les salariés soumis à ces facteurs devaient – et doivent toujours – justifier de la reconnaissance d’une maladie professionnelle liée à ces facteurs de risque et bénéficier d’un taux d’incapacité permanente supérieur à 10 %. Mais pour cela il leur reste encore à prouver qu’ils ont été exposés. Et le combat des verriers de Givors montre assez que cette reconnaissance est loin d’être évidente.

C’est l’un des éléments du conflit actuel sur la réforme des retraites. Des salariés qui auront été exposés des dizaines d’années durant à la manutention de charges, aux vibrations mécaniques, aux postures pénibles et aux risques chimiques ne verront même pas reconnus au moment de la retraite ces facteurs de pénibilité. Aujourd’hui, confronté à une douzaine de jours de conflit déclenché par le projet de réforme, le gouvernement Macron-Philippe annonce aux syndicats réformistes que les critères de pénibilité sont à nouveau sur la table… En vue d’affaiblir le front syndical. Mais en réalité il s’agit de la carotte pour faire avaler le reste. Un pas en avant deux pas en arrière. L’objectif de ce gouvernement, et du patronat qui soutient cette réforme, est de revenir au temps des « assurances retraite » du début du XXe siècle. Et d’offrir un énorme cadeau aux fonds de pension américains et à la spéculation. Les salariés, bercés par deux années de réunions pour faire avaler la réforme, ne s’en laissent pas conter. L’opinion publique qui apporte un soutien majoritaire à cette lutte l’a bien compris aussi.

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