Le dioxyde de titane ultra-fin a de nombreuses applications, notamment dans l’industrie cosmétique, l’architectonique, l’industrie agroalimentaire et l’épuration d’air. En France, une circulaire ancienne datant de 1987 recommande pour le dioxyde de titane (poussières inhalables) une valeur limite indicative de moyenne d’exposition (VME) de 10 mg/m en Ti (8 h/jour ; 40 h/semaine) dans l’air des locaux de travail. Par ailleurs, il existe des valeurs réglementaires contraignantes adoptées en 1984 pour les poussières réputées « sans effet spécifique », évaluées sur une période de 8 heures, ne doivent pas dépasser respectivement 10 et 5 mg/m3. Le respect de ces valeurs devrait permettre de réduire les risques associés au développement de l’inflammation pulmonaire et du cancer (INRS, fiche Tox 291). Mais à la verrerie de Givors on n’en a jamais entendu parler, le CHSCT n’a jamais eu à délibérer des mesures qui devaient être faites.

Lors de la formation des pilotes de production à la verrerie en 1999, la fiche des traitements à chaud (TICL4, Tétrachlorure de Titane) souligne bien l’intervention des opérateurs. « Les yaourts nécessitent un traitement intérieur pour éviter le décollement du yaourt de la paroi. » La nature du dépôt est constituée d’oxyde de titane et de cristaux de soude NaCL. L’ouvrier devait intervenir sur le suivi de l’installation : « il faut savoir que les buses s’encrassent plus facilement ; d’où un nettoyage plus fréquent ; éventuellement un changement de buses ». La fiche précise : « le Ticl4, en vapeur, est un produit dangereux qu’il faut manipuler avec précaution », mais aucun élément n’apparaît sur les protections nécessaires.

La corrosivité du produit nous est révélé par un incident majeur survenu à la verrerie. Au début de l’utilisation du Ticl4, une bouteille s’est renversée laissant échapper une épaisse fumée. Peu de temps après la proche machine de production s’est soudainement arrêtée. Les électriciens sont intervenus et ont pu constater l’ampleur des dégâts. L’armoire de commande avait été touchée, les circuits de commande électrique avaient été sérieusement dégradés, purement et simplement rongés par le produit. De même pour tous les câbles qui alimentaient les différents moteurs. Durant deux jours, en équipe de 3×8, les électriciens se sont relayés pour remettre en état de marche la machine.

Quand on voit les conséquences sur les équipements électriques, il faut s’interroger sur les dégâts concernant les organismes humains dans ces nuages toxiques. Nombres d’intervenants sur l’incident précédemment évoqué ne sont plus là pour le dire. Mais d’autres, pilotes de production exposés à ce produit, décédés aujourd’hui, ont dû batailler dur pour t’enter d’obtenir leur reconnaissance en maladie professionnelle. Pour l’un, sa famille a dû voir le dossier monter en cassation sur la volonté de la multinationale américaine, déboutée par la Haute Cour. Pour l’autre, malgré une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), un cancer de l’œsophage et du pancréas qui l’ont emporté, sa famille n’a pas encore obtenu la reconnaissance de l’origine professionnelle de la maladie.

Extrait du CHSCT du 17 mars 1998 de la verrerie de Givors.

Le CHSCT n’a pas manqué d’attirer l’attention de la direction sur les risques et leurs conséquences d’une façon récurrente. Par exemple, celui du 17 mars 1998 est illustratif. L’inspectrice du travail est présente. A propos des personnes exposées au titane et à l’étain, le médecin du travail présente les deux risques 1° de corrosion par leur fonction acide qui provoque des irritations cutanées et des irritations des voies respiratoires, 2° de surcharges pulmonaires des particules très fines de titane ou d’étain qui pénètrent dans les voies respiratoires. Le directeur intervient et botte en touche : « si les gens ont des soucis, pourquoi ne pas en parler à leur médecin traitant ? » La CGT insiste : « Une hotte de titane qui fuit toute la journée, cela veut dire qu’il y a un problème technique quelque part. »

Outre le refus des directions d’assurer la protection des travailleurs et l’acharnement judiciaire du patronat, les arguments de ses avocats dans les diverses cours laissent pantois. De rappeler que le site de Givors « était une entreprise spécialisée dans la fabrication d’emballages en verre pour aliments et boissons et qu’il s’agissait essentiellement de verre blanc, le processus de fabrication étant précis et pour l’essentiel automatisé ». Donc, propre! N’a-t-on pas vu, lors d’une audience, l’un de ces avocats présenter une photo d’atelier au président, lui indiquant que l’on « pouvait manger parterre ». Plus largement, au niveau européen face à la toxicité du dioxyde de titane et de ses dérivés, les lobbies sont à la manœuvre pour empêcher une réglementation, comme le montre le débat actuel http://www.sante-et-travail.fr/.

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