« D’un point de vue scientifique, il n’y a aucun doute: l’intoxication intervient à la date de la première exposition c’est-à-dire à la date de l’embauche dans l’usine »

Le parquet de Paris a demandé, vendredi 28 septembre, un non-lieu général dans l’affaire de l’exposition à l’amiante de salariés de l’usine normande de Valeo-Ferrodo, implantée à Condé-sur-Noireau, petite commune de 4 800 habitants dans le Calvados. Ce dossier est l’une des affaires les plus emblématiques d’un scandale sanitaire de l’amiante où une « impasse juridique » empêcherait soit-disant d’établir des responsabilités pénales.

« A Condé-sur-Noireau, dans cette “vallée de la mort” où les maladies et les décès dus à l’amiante de Valeo-Ferrodo se comptent par centaines, c’est une impunité générale pour tous les responsables qui se prépare », a réagi l’Andeva, l’association des victimes de l’amiante. « C’est une grande déception, mais pas une surprise. On savait que l’on courait vers un désastre judiciaire dans le scandale de l’amiante », a déploré Michel Ledoux, avocat de plusieurs parties civiles.

En souvenir des travailleurs de l’amiante. Pour ne plus mourir de son travail.

Les juges d’instruction doivent désormais rendre leur décision sur l’issue de ce dossier vieux de plus de 20 ans. L’hypothèse la plus probable est celle de l’abandon des poursuites et de la perspective d’un procès pour les cinq ex-responsables de l’usine de l’équipementier automobile Valeo-Ferrodo, mis en examen pour « homicides et blessures involontaires ».

Les experts estimaient qu’il était impossible de déduire avec précision le moment de l’exposition, ni celui de la contamination. Les juges du pôle de santé publique se sont rangés à cette analyse, tout comme le parquet, qui concède l’existence d’une « impasse juridique » et d’un « obstacle majeur » à la possibilité d’établir des responsabilités pénales. Cette interprétation pourrait ouvrir la voie à des non-lieux dans au moins une quinzaine de dossiers contre des entreprises dont les salariés ont développé des pathologies après avoir été exposés à l’amiante. Vendredi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris dira si elle confirme ou non une dizaine de mises en examen de décideurs publics dans les dossiers des salariés du campus parisien de Jussieu et des chantiers navals Normed de Dunkerque.

Si c’était le cas, l’Andeva a annoncé qu’elle ferait appel et irait, en cas de nouvel échec, devant la Cour de cassation. « Cela prendra encore au moins deux ans supplémentaires alors que les premières plaintes ont été déposées il y a 21 ans et que le nombre de victimes et de mis en cause décédés augmente toujours davantage », a souligné le vice-président de l’association, François Desriaux, lors d’une conférence de presse, dénonçant « un naufrage judiciaire ».

3 000 personnes meurent chaque année, selon l’Andeva. Pour l’Association, les magistrats s’appuient sur un rapport d’expertise rendu le 22 février 2017 « auquel ils font dire le contraire de ce qu’il dit ». « D’un point de vue scientifique, il n’y a aucun doute : l’intoxication intervient à la date de la première exposition c’est-à-dire à la date de l’embauche dans l’usine », a relevé le professeur Christophe Paris du CHU de Rennes. « Pour preuve, les effets à l’origine du développement des pathologies débutent dès la première exposition », a-t-il noté. Selon les autorités sanitaires, qui imputent à l’amiante 10 à 20 % des cancers du poumon, l’exposition à cette fibre pourrait provoquer jusqu’à 100 000 décès d’ici à 2025. D’après l’Andeva, 3 000 personnes meurent chaque année.

Les verriers de Givors, qui demandent depuis cinq ans aux ministres du travail puis devant les diverses cours administratives, le classement du site de Givors ne sont pas surpris mais scandalisés par l’acharnement du pouvoir à couvrir les crimes industriels.

Sources : https://www.lemonde.fr/sante/ ; http://www.europe1.fr/societe/