La médecine du travail est-elle mal-aimée ? En matière de santé au travail en tout cas, les Français actifs se montrent suspicieux et ils n’identifient pas le médecin du travail comme leur interlocuteur naturel et immédiat. S’ils souffrent de problèmes de santé liés à leur travail, 82 % d’entre eux se tournent d’abord vers leur médecin traitant, plutôt que vers le médecin du travail. C’est ce qu’illustre un sondage réalisé par Odoxa pour le Service aux entreprises pour la santé au travail (SEST) www.lequotidiendumedecin.fr/, 04/06/2019.

L’opinion des Français est plutôt négative vis-à-vis de la médecine du travail. 59 % d’entre eux l’associent à un « service de contrôle » des conditions de travail dans les entreprises, et 40 % comme un « service de conseil » aux entreprises et aux salariés. D’où leur orientation naturelle à privilégier le généraliste traitant. Opinion plus marquée chez les ouvriers, plus touchés par les troubles musculo-squelettiques (TMS) : les deux-tiers d’entre eux voient la médecine du travail comme un service de contrôle.

Les ouvriers ne sont pas aussi naïfs que certains voudraient le croire, ou l’espérer. Dans les grandes entreprises dotées d’un service de médecine intégré, les médecins sont salariés par le patron et apparaissent naturellement assujettis à la direction. Comme un vulgaire salarié ! Lorsque l’entreprise n’a pas son propre service de médecine, elle passe par les services extérieurs de médecine du travail. C’était le cas de la verrerie de Givors, les dernières années de son existence. Alors, l’assujettissement de la médecine reste indirect. Qui rémunère le service ? L’entreprise. Et le service « indépendant » ne doit pas déplaire à son client – nous restons dans un rapport marchand – sous peine de le perdre.

Délégation des verriers, le 7 octobre 2011 devant l’AGEMETRA, venus réclamer la communication de leurs dossiers médicaux.

L’expérience des verriers est là encore pour témoigner de ces rapports ambigus. Lorsque les anciens salariés de la verrerie se sont retournés vers la médecine du travail afin d’obtenir la communication de leurs dossiers médicaux ils se sont heurtés à quelques difficultés. Il fallait du temps pour expurger ce qui ne devait pas leur être communiqué. En effet, le médecin-inspecteur était intervenu auprès du service « indépendant » de médecine : « garder tout ce qui n’a pas trait directement avec des faits objectifs médicaux – surtout ne pas transmettre ce qui a trait à un tiers – le poste de travail s’il n’a pas été visé par l’employeur et le salarié n’est pas à transmettre (constatations personnelles) – ce qui a trait à l’entreprise figure dans la fiche d’entreprise que le juge peut se faire communiquer – les CR de CHSCT, les RA et FDS sont du domaine de l’entreprise… » Ainsi, vous ne saurez rien de vos conditions de travail, de vos risques professionnels, des expositions toxiques que vous avez pu connaître durant votre carrière et qui sont responsables des pathologies développées en retraite ou en chômage.

Par contre, aujourd’hui avec les dossiers médicaux partagés (DMP), la question commence à ce poser de la fluidité des informations dans l’autre sens. La médecine du travail souhaitant accéder au dossier du médecin généraliste. Pour mieux apprécier l’aptitude des salariés. Ce qui permettrait de contourner une circulaire déjà ancienne (Santé-Justice 21 juin 1996) préservant les droits des salariés : « Il convient, dans cette hypothèse, de ne transmettre que les éléments nécessaires, de s’assurer que l’usager concerné est d’accord pour cette transmission ou tout au moins qu’il en a été informé ainsi que des éventuelles conséquences que pourra avoir cette transmission d’informations et de s’assurer que les personnes à qui cette transmission est faite sont soumises au secret professionnel et ont vraiment besoin, dans l’intérêt de l’usager, de ces informations. Le professionnel décidant de l’opportunité de partager un secret devra également s’assurer que les conditions de cette transmission (lieu, modalités), présentent toutes les garanties de discrétion » (https://www.lequotidiendumedecin.fr/, 05/06/2019)

La vigilance des salariés reste de mise sur leur secret médical, très convoité.

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