Un comité scientifique est désigné, pour lequel était réclamé l’inclusion de scientifiques indépendants.

Des malformations à la naissance dans les départements d’Ain, Loire-Atlantique et Morbihan en nombre suffisamment inquiétant pour que des médecins, scientifiques et les populations s’en émeuvent, voilà qui fait bouger finalement les autorités sanitaires de ce pays. Subrepticement était envisagé la disparition, par suppression des financements d’un laboratoire qui avait soulevé le lièvre. Parallèlement, une campagne de dénigrement était lancée par les autorités de la Santé publique contre les chercheurs qui avaient osé lever le voile. Mais devant l’ampleur de l’émotion suscitée dans l’opinion, la ministre de la santé sifflait en plein week-end la fin de la partie !

Même si le directeur général de la santé en France considère que sur les 21 malformations congénitales suivies par les autorités de santé, les pouvoirs publics n’ont pas noté de tendance à la hausse, il présente tout de même le plan gouvernemental pour faire la lumière sur les cas d’enfants nés sans bras dans les trois départements. « Il y a un besoin de comprendre », concède-t-il, pourquoi on observe une fréquence de cas anormalement élevée à certains endroits du territoire. On est à chaque fois dans un périmètre restreint, dans un environnement très agricole.

Du coup, « Gynécologues, pédiatres, échographistes… doivent signaler les cas suspects d’agénésie des membres supérieurs, dans l’objectif de recensement et de qualité des données », sont appelés par le directeur général de la santé à intervenir.

Dans l’Ain, Santé Publique France a remonté les données hospitalières et a recensé onze autres cas suspects entre 2000 et 2014 qui vont être investigués. Dans le Morbihan, une dizaine de familles supplémentaires vont être interrogées. Toutes les causes potentielles seront analysées au regard des connaissances scientifiques actuelles : pollution, pesticides, médicaments, alimentation, facteurs génétiques, lien avec les maladies infectieuses chez les animaux, etc. Enfin, on va regarder de près. Un comité scientifique est désigné, pour lequel il est réclamé l’inclusion de scientifiques indépendants. La confiance ne régnant pas vraiment en ce domaine, quand on connaît le poids des lobbies dans la santé. Un premier point est promis pour fin janvier, et un rapport complet pour juin 2019.

Autre problème soulevé : actuellement, six registres suivent de très près 21 malformations congénitales et ne couvrent que 19 % du territoire. Santé publique France s’engage à se donner d’autres moyens au travers de l’outil informatique (PMSI) de l’activité hospitalière pour améliorer la connaissance du problème posé.

Parallèlement, le REMERA laboratoire de la région Rhône-Alpes qui a soulevé le problème et qui devait disparaître est assuré d’un financement sur les deux années à venir pour poursuivre son travail. « Nous espérons que cela sera reconduit de façon pluriannuelle », peut déclarer la directrice qui poursuit, « c’est déjà un signe très fort de reconnaissance de nos travaux et le leur qualité par la ministre de la Santé ainsi que notre indépendance ». Affaire à suivre de près, de très près !