Ce ne sont pas 7 cas, mais 18 bébés handicapés nés dans l’Ain. Les organismes de santé se doivent d’agir !

Une enquête nationale avec l’Anses et Santé publique France a enfin été ouverte mercredi 31 octobre 2018 pour comprendre les causes de ces naissances de bébés sans bras, ni mains dans l’Ain, le Morbihan et la Loire-Atlantique. Après avoir dénigré le travail de recherche du Remera (le plus ancien des six registres des malformations congénitales de France basé en Auvergne-Rhône-Alpes) l’agence Santé publique France (SPF) s’est enfin mise sérieusement au travail sur l’alerte. Il a fallu que la ministre de la santé siffle, en plein week-end, la fin de la partie pour qu’enfin cesse la polémique salissant des chercheurs conscients de leurs responsabilités de lanceurs d’alerte.

Il existe actuellement six registres de malformations congénitales en France : en Bretagne, à Paris, aux Antilles, à La Réunion et deux en Auvergne-Rhône-Alpes, dont le Remera qui est à l’origine de l’affaire. Leur rôle est de passer en revue les naissances dans les départements qu’ils couvrent, pour repérer et récolter des informations sur les cas de malformations. Ils sont coordonnés par l’agence Santé publique France et ne couvrent que 19 départements et 19% des naissances, explique l’AFP. Les cas de malformations ne sont pas répertoriés sur l’ensemble du territoire. Les 150 malformations recensées par an, en France, comme l’avance François Bourbillon dans Le Parisien, ne sont qu’une estimation. Devant de telles révélations, on ne peut se contenter d’« estimations ».

En juillet, le Remera évoque le cas de sept enfants nés entre 2009 et 2014. Mardi 30 octobre, l’Association confirme une information du Monde selon laquelle un huitième cas d’enfant né sans main, en 2012, dans une famille résidant dans la même zone de l’Ain a été identifié.

L’affaire n’est pas tout de suite médiatisée. C’est le journal Le Monde qui, le premier, s’en fait l’écho, le 15 septembre, avant d’être suivi le 26 septembre par « L’Œil du 20 heures » de France 2. Saisie, Santé publique France rend, le 4 octobre, un rapport sur ces signalements de malformations. Elle conclut que le nombre de cas de l’Ain n’est pas statistiquement supérieur à la moyenne nationale. Mais il y a bien, selon elle, un excès de cas en Loire-Atlantique et en Bretagne, qui reste sans explication. Le 16 octobre, des biostatisticiens interrogés par Le Monde épinglent ce rapport et dénoncent des erreurs méthodologiques « grossières » concernant l’Ain. Cinq jours plus tard, le gouvernement annonce le lancement d’une nouvelle enquête.

Quelques heures plus tard, l’agence Santé publique France annonce que onze cas suspects supplémentaires ont été détectés dans l’Ain. L’agence a repéré, entre 2000 et 2008, sept cas suspects et, entre 2009 et 2014, quatre cas suspects supplémentaires dont, a priori, le cas rapporté par le Remera. Ce qui porte le total à dix-huit cas suspects dans l’Ain. « Il convient d’abord d’évaluer, parmi ces onze cas suspects de réductions de membres supérieurs, ceux qui correspondent réellement à des agénésies transverses des membres supérieurs », autrement dit des bébés nés sans mains, parfois sans une partie de l’avant-bras, précise l’agence Santé publique France.

L’agence Santé publique France s’est aussi penchée sur les cas recensés dans le Morbihan et la Loire-Atlantique. Et selon elle, dans ces départements, il y a bien « un excès de cas ». Dans le premier département, quatre enfants nés, entre 2011 et 2013, de mères domiciliées dans la même commune, à Guidel, ont présenté des malformations. Dans le second, trois cas d’enfants nés à Mouzeil entre 2007 et 2008, atteints d’agénésies transverses, ont été signalés.

Quelles sont les causes de ces malformations ? C’est la principale question et elle reste sans réponse. Les causes peuvent en effet être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques. Les chercheurs ayant exploré les causes génétiques possibles dans les familles concernées n’ont repéré aucun antécédent familial. Cependant les regards se tournent vers les pesticides qui pourraient être à l’origine des malformations. Si à ce stade, aucune preuve scientifique ne vient étayer cette hypothèse, il y a cependant un faisceau de présomptions qui indiquent les pesticides à l’origine de ces malformations. Toutes les familles qui ont été touchées vivent proche de zones agricoles, à côté des champs de maïs et de tournesol. Cette piste ne peut d’emblée être écartée, même si les lobbies du tout chimique le souhaiteraient bien… C’est pourquoi les chercheurs des registres de malformations demandent que l’enquête nationale lancée comprenne des scientifiques indépendants. Seront-ils écoutés ?

Les malformations ou agénésies transverses du membre supérieur (ATMS) ont une prévalence (le nombre de cas de maladies à un moment donné) de 1,7 cas sur 10 000 naissances par an, selon le site www.lequotidiendumedecin.fr. Si le nombre de cas dépasse ce taux dans une zone géographique restreinte, ce qui est bien le cas dans l’Ain, les organismes de santé se doivent d’agir.

Source : www.francetvinfo.fr/