C’est une donnée économique qui ne fait pas l’objet d’études fouillées de la part de INSEE. L’institut n’a pas la mission de mettre en évidence les coût sociaux de l’exploitation. La confédération syndicale CGT avait évalué le coût de la dégradation de la santé au travail à plus de 300 millions, il y a cinq ans. Selon le Monde, le montant des indemnités journalières versées à augmenté de 46,5% en 12 ans, entre 2000 et 2011. En tenant compte de la prise en charge des accidents du travail et des maladies professionnelles, les dépenses ont atteint 8,9 milliards d’euros en 2011 (9,343 milliards en tenant compte des salariés agricoles et des indépendants). Alors qu’en 2018 ont été diagnostiqués 382 000 cancers, 35 000 seraient d’origine professionnelle, mais 1 800 seulement seront reconnus d’origine professionnelle. Selon l’Institut national du cancer (INCa, 2012), plus de 60 % des cancers du poumon et 80 % des leucémies d’origine professionnelle ne seraient pas déclarés et donc reconnus et indemnisés au titre des maladies professionnelles. Cela nous donne le niveau de sous-estimation des coûts des risques au travail. A tel point que chaque année, l’Assemblée transfère un milliard d’euros de la caisse accident du travail/maladies professionnelles vers la caisse du régime général. Une misère, ce n’est que le bénéfice avéré de cette caisse uniquement financée par le patronat. L’Union Européenne estime de son côté ces coûts à 650 milliards d’euros, pour l’ensemble de ses états.

Des coûts connus pour la verrerie de Givors. « Le coût pour l’entreprise des récentes surdités déclarées (1 MF environ par surdité, 13 maladies professionnelles de ce genre reconnues sur les sept dernières années) », selon un mémoire de fin d’étude IUT, en juin 1990, rédigé sous la direction du responsable du service de sécurité de VMC-Givors. Sur 16 relevés de bruit, réalisés sur les postes de travail de l’entreprise par l’APAVE en mai 1989, les intensités s’élèvent de 78 dBA à 135 dBA. L’ouïe est en danger à partir d’un niveau de 80 décibels (dBA) durant une journée de huit heures. Or, à la verrerie de Givors 15 postes sur 16 atteignent et dépassent le seuil de danger. Le bruit est cause de fatigue et de stress, il agit sur les système nerveux, cardiovasculaire et digestif.

Le périodique TOPO de la direction, soulignait le taux d’absence pour maladie fut, en 1991, de 9,1 %. Comme le dit si bien le journal de la direction : « Soit 42 personnes absentes tous les jours », sur un effectif permanent de 455 salaries. « L’absentéisme (enfin le mot est lâché) a coûté 4,5 millions de francs », cette année-là. Par ces quelques chiffres diffusés par la direction de VMC, on mesure les coûts pour la collectivité publique, car c’est aussi la Sécurité sociale qui supportait la charge des absences pour maladie.

L’examen des bilans sociaux des trois derniers exercices (2000, 2001, 2002) de la verrerie de Givors révèle que les verriers connaissaient autant d’absence pour maladies que pour congés payés. C’est dire l’importance de ce phénomène d’absentéisme, lié à de mauvaises conditions de travail et des expositions toxiques, dont l’association des anciens verriers révélera les effets délétères sept ans plus tard, avec dix fois plus de cancers que dans le monde du travail en France.

Pourquoi l’État a tant de mal avec ce type de statistiques ? Le patronat pèse de tout son poids. L’emprise de la gestion des entreprises à la recherche du profit maximal à distribuer aux actionnaires s’oppose à la clarification de ces enjeux. Le pouvoir justifie cette situation avec la volonté de ne pas imposer de coûts supplémentaires aux entreprises. La réforme du Code du travail et la disparition des Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) n’ont pas d’autres objectifs que d’assurer la prédominance des questions financières sur les conditions de travail et la santé des salariés. La domination des multinationales, loin de résoudre la contradiction, l’a amplifiée. La pression sur les travailleurs s’est accentuée. La mise sous tutelle des services de santé au travail va dans ce sens.

Les dispositifs d’exonération de cotisations sociales représentent un danger pour la Sécurité sociale à deux égards. Premièrement, la multiplication des dispositifs est une porte ouverte aux « irrégularités » – ou plus clairement à la fraude. L’autre menace pour le financement de la Sécurité sociale vient du fait de la tendance à la non-compensation par l’État de ces baisses de recettes. Pour 2019, 3,1 milliards d’euros ne sont pas compensés par l’État, mais le gouvernement prévoit d’y ajouter 5 milliards non compensés pour la transformation du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) d’ici à 2022. Mais, ce n’est pas moins de 20 millions de tonnes d’amiante qui subsistent en France. Au total, le désamiantage de la France aurait un coût estimé à 50 milliards d’euros, auquel il faudrait rajouter les opérations d’inertage pour tendre vers une vraie éradication. Deux millions de salariés sont potentiellement exposés à l’amiante, dont la moitié du BTP, avec des coût humains : 100 000 décès annoncés d’ici 2050.

Pour la prise en charge de la santé au travail, les salariés doivent s’opposer à la dégradation des conditions de travail. Le respect de la santé au travail ne constitue pas une dépense inutile, c’est au contraire un gage d’efficacité pour l’économie. Pour cela, il est nécessaire que soient modifiés les critères de gestion des entreprises. Dans la répartition de la valeur ajoutée créée dans la production et les services les dépenses sociales, internes et externes aux entreprises, doivent être prises en compte pour répondre aux besoins de la population. Nous devons aller vers le développement d’un autre type de productivité du travail, d’une autre répartition de la valeur créée. Ce débat rejoint les enjeux de la démocratie dans les entreprises. Le rôle et le pouvoir des salariés dans l’entreprise sont posés pour de nouveaux choix de gestion, la maîtrise des financements des entreprises sans passer par les marchés financiers qui exigent toujours plus de dividendes.

ut efficitur. dolor id fringilla id, leo. at libero. dapibus vulputate,