Le 19 octobre 2009, en mairie de Givors devant les représentants du monde médical et de l’inspection du travail, l’association des ancien verriers présentait les résultats de l’enquête santé lancée au printemps parmi les anciens ouvriers de la verrerie. Parmi les 209 réponses aux 645 questionnaires envoyés, on observait 127 cas de malades ou décédés, soit plus de 50 %, 210 pathologies étaient recensées (un même individu pouvant en développer plusieurs). Parmi ces pathologies, on relevait 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées et 10 autres non déterminées. Mais aussi 11 « morts subites » et 10 décès dont les causes n’étaient pas précisées. Evidemment, comme les pathologies connues n’interpellaient pas les autorités présentes, les onze « morts subites » ne les émurent pas davantage.

Pourtant, à y regarder de plus près leur nombre relativement élevé et les conditions de travail relativement dures de la fabrication du verre auraient dû attirer l’attention des praticiens de la médecine et de l’inspection du travail présents. Certes, la mort subite est définie comme un décès imprévisible dans les 24 heures qui la précèdent. Elle peut se définir comme étant une mort naturelle survenant de façon inattendue. Elle est, dans ce cas, le premier symptôme de la maladie sous-jacente. Parfois, elle reste inexpliquée. La survenue de mort subite est principalement secondaire à une cardiopathie coronarienne responsable de troubles du rythme ventriculaire. La maladie coronarienne est responsable d’environ trois-quarts des morts subites cardiaques. L’embolie pulmonaire et les accidents vasculaires cérébraux en sont également des étiologies fréquemment retrouvées. En l’absence d’atteinte cardiaque évidente, un peu moins de la moitié des morts subites récupérées de l’adulte ne reçoivent pas d’explication satisfaisante malgré des investigations poussées, nous apprend Wikipédia. La présentation de l’enquête des verriers méritait justement d’en savoir plus sur les causes possibles et aurait permis de nouvelles investigations plus poussées dans le monde du travail.

La mort subite de l’adulte reste un fléau majeur. Son incidence est estimée à 1/1000 habitants par an ce qui représente environ 60 000 par an en France, mais les données épidémiologiques restent très imprécises. Il existe un pic de fréquence entre 45 et 75 ans. Elle survient 3 à 4 fois plus souvent chez l’homme (69%) que chez la femme. La maladie coronaire et les cardiomyopathies sont les causes les plus fréquentes dans la population âgée de plus de 35 ans. Le mécanisme de la mort subite est un trouble du rythme ventriculaire (fibrillation ventriculaire ou tachycardie ventriculaire) dans plus de 80% des cas, nous apprend le site www.coeur-recherche.fr/. L’âge moyen des victimes de la mort subite est de 65 ans, nous apprend www.sante-sur-le-net.com/ qui précise : les recommandations du Club des cardiologues du sport « Eviter les activités intenses par des températures extérieures < – 5°C et > 30°C et lors des pics de pollution ».

Les causes possibles de décès de « mort subite » chez les verriers sont multiples… et peuvent concerner plusieurs ateliers du fait de la polyvalence des travailleurs, voire des reclassements au secteur « choix » en fin de carrière des salariés usés.

Justement, avec une incidence estimée de 1/1000 habitants par an en France nos spécialistes de la santé pouvaient être interpellés par 11 verriers disparus de « mort subite », sur une population de 300 salariés, ce qui nous donne une incidence de 37/1000. Près de 40 fois l’incidence nationale ! Mais que nenni, les responsables de la santé au travail présents préfèrent objecter que l’étude « n’est pas scientifique ». Ils déclinent néanmoins l’offre de la réaliser à nouveau avec l’association qui met à leur disposition toutes leurs données.

Chez les verriers, d’après leur étude, la moyenne d’âge de « mort subite » est de 64 ans et 3 mois. Nous retrouvons l’âge moyen national de ce type de décès. Précisons même que les deux tiers des victimes ont moins de 62 ans (51 à 62). Deuxième raison de prêter attention à cette donnée : les températures élevées d’ambiance de travail à la verrerie où le verre en fusion circule de 1 550° à 200° au traitement de surface de finition.

Le bruit est cause de fatigue et de stress et agit sur les systèmes nerveux, cardiovasculaire et digestif note le site www.inrs.fr/. A la verrerie, sur 15 postes de travail où l’APAVE a réalisé une mesure de bruit, 12 dépassaient le seuil de 80 dBA, le plus élevé atteignant les 135 dBA. Le travail à la chaleur peut aussi mettre en cause le système cardio-vasculaire. Givors Hebdo n°22, l’information interne du 8/6/2000 signale un accident avec arrêt « coup de chaud en changeant les brûleurs du four ». Beaucoup d’autres expositions professionnelles peuvent y engendrer des pathologies cardio-vasculaires : Arsenic et composés minéraux, reconnu au tableau de la Sécurité sociale (Tx 20) ; silice (Tx 25) ; amiante (Tx 30) ; cobalt (Tx 70) ; conduite de four (Tx 30) ; pose, entretien ligne électrique (Tx 19) ; machines alternatives (Tx69 A) ; métallisation cobalt (Tx 70 b) ; meulage à sec (Tx 25A), etc. Les contraintes physiques accroissent notablement les risques de pathologies cardiovasculaires. Comme le travail de nuit, 40 % des verriers travaillaient en équipes alternées. Mais de tout cela, les représentants de la DRTEFP, de la CIRE (cellule interrégionale d’étude épidémiologique), de la SLST (médecine du travail), le médecin inspecteur de la DRTEFP, l’AGEMETRA (médecine du travail de l’entreprise) n’en avaient que faire. L’essentiel pour tous ceux-là était de dissuader les verriers de poursuivre leur combat pour la reconnaissance de l’origine professionnelle des pathologies qui les emportent.

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