Combien d’entreprises sont au clair sur les protections collectives ?

Journée mondiale du cancer (4 février) oblige. Les organes de presse et d’information ont développé le sujet. Souvent particulièrement ciblé sur les « quatre cancers sur dix résultent de l’exposition à des facteurs de risques liés aux modes de vie et aux comportements ». Culpabilisation et comportements individuels sont montrés du doigt : tabac, alcool, activité physique insuffisante, nourriture déséquilibrée, agents infectieux mal surveillés, expositions au soleil, abus d’hormones… et se protéger au travail. Conseiller de « SE » protéger au travail, tente de déplacer les responsabilités des expositions professionnelles sur l’individu exposé au risque et non l’entreprise.

Des comportements individuels ne contribuent sans doute pas à la protection de sa propre santé, mais il est trop facile de culpabiliser les victimes de conditions de travail et d’expositions toxiques imposées. Combien de cancers du poumon sont attribuables au tabac, alors que la victime a été exposée pendant 30 ou 40 ans de sa vie professionnelle aux poussières d’amiante ou vapeurs d’hydrocarbures, comme les verriers de Givors ?

Ce sont 4 % des cancers qui seraient dus à une exposition à des agents cancérogènes dans le cadre du travail : rayonnements ionisants, amiante, benzène, silice, virus, etc. Chez les ouvriers cette proportion atteint 20 %. Le fait de remarquer que la proportion passe de 4 % en général à 20 % chez les ouvriers souligne assez que les conditions de travail sont particulièrement en cause. La prévention passe par l’évaluation des risques et la substitution de substances. Mais dans combien d’entreprises est-on au clair sur l’évaluation des risques, puis sur les substitutions ? Combien sont-elles au clair sur l’analyse des protections collectives indispensables ? Combien de ces protections sont-elles efficaces, en bon état de marche, constamment ? Les délégués ouvriers d’hygiène et sécurité – qui viennent d’être supprimés par les ordonnances Macron – savent assez que nous sommes loin de compte.

Cela ne concerne pas que les ouvriers. Une augmentation des cancers pour les femmes qui travaillent la nuit est constaté. Les études montrent que le travail de nuit à long terme chez les femmes augmente le risque de cancer de 19 %. Lors de l’analyse de cancers spécifiques, les chercheurs ont constaté que cette population présentait un risque accru de cancer de la peau (41%), du sein (32%) et gastro-intestinal (18%) par rapport aux femmes qui ne travaillaient pas de nuit. Les infirmières, qui travaillaient en quart de nuit présentaient un risque accru de cancer du sein (58%), gastro-intestinal (35%) et pulmonaire (28%) comparativement à celles qui ne travaillaient pas la nuit. Pourtant, ces cancers ne sont pas considérés d’origine professionnelle par la Sécurité sociale.

Un décret publié le 5 mai 2017 au Journal officiel, a rajouté deux cancers à la liste officielle des pathologies contractées au travail. Le carcinome hépatocellulaire, ou hépatocarcinome, ou cancer primitif du foie, « provoqué par l’exposition au chlorure de vinyle monomère ». Ce composé chimique de synthèse est utilisé dans la fabrication de plastique (PVC). Il est classé cancérogène avéré par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) pour le carcinome hépatocellulaire. Beaucoup de travailleurs de la vallée de la chimie y sont encore exposés. Le deuxième cancer à être reconnu, la leucémie myéloide chronique, un cancer du sang et de la moelle, quand celui-ci est « lié à l’exposition au 1.3 butadiène ». Ce gaz toxique est utilisé dans la fabrication des caoutchoucs synthétiques, des résines thermoplastiques, etc. Ce gaz se retrouve également dans le gaz d’échappement des véhicules et dans la fumée de cigarettes. Tiens, comme la fumée de cigarettes, les gaz d’échappement et les vapeurs d’hydrocarbure peuvent provoquer le cancer, particulièrement celui du poumon ! Il serait intéressant de distinguer les origines des cancers du poumon que l’on attribue bien rapidement et exclusivement au tabac.

Nous atteignons les six cancers sur dix dont on ignore les causes. Et pour lesquelles il est souvent pris soin de les ignorer. La loi relative à la protection des affaires de juillet 2018 tombe juste à propos pour camoufler les expositions toxiques au travail. « Secret des affaires » oblige ! On remarquera que la France n’est couverte qu’à 20 % de son territoire par les registres des cancers permettant de les identifier au plus près sur leurs origines. Or, comme un fait exprès, on remarquera aussi que le département du Rhône est dépourvu d’un tel registre… alors que le berceau de la chimie française est ici et que Rhône-Alpes demeure la première région chimique du pays.

accumsan Curabitur risus. Phasellus quis nunc velit, id