Les syndicats patronaux du verre ont lancé plusieurs opérations de communication sous le thème : « industrie du verre, le secteur joue la transparence ». Le verre est un matériau présent partout dans la vie de tous les jours et dans de nombreux secteurs industriels, à tel point qu’on ne le voit plus. Cependant, que ce soit lors de sa fabrication à chaud ou de sa transformation à froid, les salariés qui participent à ces opérations sont exposés à des risques professionnels spécifiques.

En 2017, le secteur verrier comptait en France près de 800 établissements, de la TPE au grand groupe, et employait près de 35 000 salariés. Au départ, la fabrication du verre nécessite de chauffer la matière première, un mélange de sable, de calcaire et de carbonate de sodium, à plus de 1 000 °C pour atteindre sa fusion. À haute température, la matière devient malléable et peut être travaillée – manuellement, de manière semi-automatisée ou mécaniquement – pour lui donner sa forme définitive.

Les lecteurs du site des verriers ne seront pas surpris de remarquer que le procédé, la fabrication à chaud du verre creux utilisé depuis le XVIIIe siècle à Givors, expose les salariés à la chaleur et au risque de brûlures, aux risques mécaniques liés aux machines. L’ensemble des salariés sont aussi confrontées à de nombreuses manutentions manuelles conduisant à des troubles musculo-squelettiques (TMS) qui représentent 80 % des maladies professionnelles reconnues en 2017 de l’ensemble du secteur.

Dès 2012 – mieux vaut tard que jamais, les verriers de Givors se battent depuis 2009 pour faire reconnaître les risques – les organisations professionnelles de plusieurs secteurs verriers et la Cnam ont signé des conventions nationales d’objectifs (CNO). La première CNO concernait la prévention des TMS et des risques liés à l’utilisation d’agents chimiques présents notamment dans les matières premières de certains verres. Une deuxième CNO, signée en 2016, intègre la prise en charge du bruit et des risques liés aux machines. D’une durée de quatre ans, ces conventions offrent la possibilité d’une aide financière aux entreprises de moins de 200 salariés du secteur, pour la mise en place de mesures de prévention des risques professionnels ciblés (contrats de prévention).

L’amiante soit-disant disparue depuis le 31 décembre 1996, réapparaît quelquefois au détour d’un atelier, dans un placard car – même cancérogène – c’est bien pratique pour se protéger de la chaleur. L’analyse des locaux et ateliers en fait encore surgir partout : dans les toitures, les sols, les cloisons, etc. Y compris en état d’effritement, le plus dangereux pour les poumons.

Fort bien, mais d’après les chiffres de la CNAMTS, au niveau national, de 2009 à 2012 (en 4 ans) dans le secteur de la fabrication, du façonnage et de la transformation du verre creux (comme à Givors), ont été reconnus un cancer au tableau n° 20 (arsenic), quatre maladies professionnelles indemnisées au tableau n° 25 (silice) , vingt cancers bronchopulmonaires indemnisés au tableau n° 30 bis (amiante), trois affections reconnues au titre de l’alinéa 4 (hors tableaux). Le verre creux mécanique comptait, en 2010, 5.518 cadres et employés, 8.622 ouvriers, soit au total 14 140 salariés. A peu près sur la même période, les verriers de Givors obtenaient pas leur lutte la reconnaissance de 14 maladies professionnelles pour une entreprise qui comptait 317 salariés à sa fermeture en 2003. Pour cette entreprise étaient reconnus une leucémie pour une exposition au benzène (tableau n° 4), un cancer cutané suite à l’exposition à l’arsenic (tableau n° 20), une silicose pulmonaire pour une exposition à la silice (tableau n° 25), une dermatose pour une exposition aux huiles minérales (tableau n° 36), huit cancers broncho-pulmonaires (tableau n° 30 bis) ou plaques pleurales (tableau n° 30) suite à une exposition à l’amiante, deux cancers des voies aéro-digestives supérieures consécutifs à une polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et solvants.

Reconnaissances obtenues de haute lutte car les employeurs se portent en Cour d’appel, voire en Cassation pour se voir blanchir, sans y parvenir cependant. Six condamnations ont été prononcées pour « faute inexcusable », soulignant que les entreprise ne prennent pas les dispositions nécessaires pour préserver la santé de leurs salariés.

La fabrication du verre expose à des substances chimiques variées. La silice cristalline (quartz), composé de base du sable, est utilisée pour l’élaboration du verre. Au niveau européen, les travaux exposant aux poussières fines de silice cristalline sont inscrits dans la liste des procédés cancérogènes. Certains colorants présentent également des risques pour la santé des salariés (oxydes de cadmium ou de nickel, chromate de potassium, composés du chrome VI). Dans leur communication les industriels du verre qui se veulent transparents oublient cependant l’amiante et les hydrocarbures hautement cancérogènes, comme le soulignent les reconnaissances obtenues.

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