Selon le dernier inventaire du ministère de la Transition écologique et solidaire, l’année 2018 a été marquée par 1 112 accidents technologiques, contre 978 en 2017 et 827 en 2016. Sur les trois dernière années, la hausse est constante, une augmentation de 34 % en deux ans. Curieusement, ces chiffres sont en contradiction avec ceux communiqués par le même ministère six mois plus tôt : ils montraient au contraire une légère baisse du nombre d’accidents ! Les phénomènes accidentels rencontrés dans les accidents survenus dans les installations classées sont avant tout les incendies observés dans 46 % des cas, suivis des rejets de matières dangereuses dans 38 % des cas, puis des explosions dans 5 % des cas.

« L’accidentologie des établissements Seveso contribue significativement à cette évolution », révèle le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi). Les établissements Seveso sont au nombre de 1 312 sur le territoire national, dont 705 classés « seuil haut » en raison des quantités de substances dangereuses qu’ils mettent en œuvre. Alors que ces établissements représentaient 15 % des accidents en 2016, ils en constituent 25 % en 2018. La répartition géographique des accidents est corrélée avec la densité des sites Seveso. Les départements les plus accidentogènes en 2018 sont en effet les Bouches-du-Rhône, le Rhône et la Seine-Maritime.

Les départements les plus accidentogènes en 2018 sont en effet les Bouches-du-Rhône, le Rhône et la Seine-Maritime.

Selon les analyses du Barpi, les causes profondes des accidents technologiques sont liées à des facteurs organisationnels, qu’il oppose aux facteurs impondérables et aux facteurs humains. Les causes prépondérantes sont liées à l’organisation des contrôles et au choix des procédés, suivis par l’identification des risques et la rédaction des consignes. Dans ces analyses est pointée aussi la progression de la mauvaise prise en compte du retour d’expérience : « Celle-ci est de nature à favoriser la reproduction à l’identique d’accidents déjà survenus au sein d’un même établissement (pour plus de 25 cas, il est noté qu’un événement similaire a déjà eu lieu) ». Ce qui fait aussi écho à l’actualité, puisque l’usine Lubrizol à Rouen avait déjà connu un accident en 2013.

Avant le nouvel accident de Lubrizol, le ministère avait identifié des insuffisances dans le contrôle des établissements Seveso, par définition les plus dangereux. Pourtant c’est de là que vient la dérive. En 12 ans, le nombre d’inspections a baissé de 39 % alors qu’il faudrait faire exactement le contraire, comme toujours, on rogne dans des domaines où il faudrait à l’inverse augmenter les effectifs et les missions, mais on les baisse. L’inconséquence et les mauvais choix de l’État et des politique se paient en désastres pour les populations. L’obsession financière de nos gouvernants et parlementaires, via les lois de finances successives, conduit mécaniquement à aggraver les risques industriels, c’est une évidence.

En février 2019, le chef du service des risques technologiques avait annoncé l’augmentation de la « présence terrain » des inspecteurs, jugée en trop forte baisse. Selon les chiffres divulgués en mars 2019, le nombre d’inspecteurs des installations classées s’élevait à 1 607 en 2018 contre 1 627 en 2016. Ces fonctionnaires ont effectué 18 196 inspections en 2018 contre 30 000 en 2006. Soit une baisse de 39 % en douze ans. Le projet de loi de finances pour 2020 prévoit encore une baisse des effectifs de 797 dans les services du ministère de la Transition écologique et solidaire. Dans une lettre ouverte à Élisabeth Borne en date du 10 octobre, le Syndicat national de l’environnement (SNE-FSU) dénonçait une baisse continue des effectifs des services dédiés au programme risque, même si la ministre a assuré que les inspecteurs des installations classées ne seraient pas concernés. Le syndicat dénonce aussi une « préfectoralisation » des décisions et le mouvement de simplification des procédures. Ce double mouvement fait primer les enjeux économiques sur la protection des travailleurs, des riverains et de l’environnement.

Sources : www.preventica.com/; www.actu-environnement.com ;

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