Abstraction faite de l’augmentation de la population et de son vieillissement, un rapport sur l’évolution depuis 1990 met en évidence une augmentation de 45 % de l’incidence de cancers chez la femme et de 6 % chez l’homme. La mortalité enregistre une baisse relative. Ces estimations sont tirées de rapports de Santé publique France et de l’Institut national du cancer (INCA), réalisés conjointement avec le réseau des registres des cancers (Francim) et les Hospices civils de Lyon. Ils ont été rendus publics mardi 2 juillet, https://www.santepubliquefrance.fr/.

La surprise vient de la forte augmentation de l’incidence et de la mortalité par cancers du poumon chez la femme, respectivement de 5,3 % et 3,5 % par an ­depuis 1990. Chez l’homme, la tendance inverse est observée sur la période (– 0,1 % et – 1,2 %), même si cela reste la première cause de mortalité chez l’homme (22 761 décès en 2018). « C’est le premier tueur par cancer en France et dans le monde, en ­réalité depuis des années, mais dans un silence assourdissant », déplore le professeur Sébastien Couraud, pneumologue et oncologue au centre hospitalier Lyon-Sud (Hospices civils de Lyon) (https://www.lemonde.fr/). L’étude considère « sans surprise » que c’est l’augmentation de la consommation de tabac chez la femme depuis les années 1960 qui explique cette évolution préoccupante. Même si 15 % des patients atteints par cette maladie n’ont jamais fumé.

Il aurait été intéressant de s’intéresser, justement, aux causes possibles de cancers de ces 15 % de femmes qui n’ont jamais fumé. Parce que parallèlement, quand on compare les progressions « depuis les années 1960 » il faudrait observer les conséquences sur la santé pour les femmes entrées sur les chaînes de production depuis ces années-là. Mais, comme pour les hommes, l’explication des comportements individuels permet d’évacuer d’autres causes plus gênantes pour les autorités de santé. Alors, on aurait peut-être mis en cause le postulat sur les 85 autres pour cent.

Puisqu’on considère que le dépistage organisé du cancer du poumon par scanner pourrait sauver chaque année jusqu’à 7 500 vies en France, ces éléments devraient interpeller les autorités sur la faiblesse des suivis médicaux post-professionnels dans ce pays. Ils sont un droit (arrêté du 6 décembre 2011) pour les salariés exposés à des CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) ayant cessé leur activité (retraités en particulier), mais le nombre d’examens reste tout à fait dérisoire au regard de la population pouvant y prétendre.

Ils mentent, mais restent entre-soi, refusant d’aller voir sur les chaînes de fabrication les risques professionnels.

Comme l’a déclaré M. Alain Bobbio, secrétaire national de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (ANDEVA), « le suivi médical post-professionnel reste donc l’exception. Dans un département fortement industrialisé comme la Seine-Saint-Denis, qui compte 1,5 million d’habitants, les examens de suivi médical post-professionnel réalisés chaque année ne dépassent pas quelques dizaines », selon le rapport de la commission d’enquête sur les maladies et pathologies professionnelles dans l’industrie (risques chimiques, psychosociaux ou physiques) et les moyens à déployer pour leur élimination, présenté à l’Assemblée nationale le 19 juillet 2018.

On préfère en rester à dénoncer les risques liés au tabac et à l’alcool – qui ne sont pas contestables – mais qui ne doivent pas cacher tous les autres risques auxquels sont exposés les travailleurs et la population. Minimiser les risques environnementaux ne les font pas disparaître pour autant. Lorsque les verriers de Givors ont montré que ces ouvriers développaient dix fois plus de cancers que parmi les ouvriers français, la Cellule interrégionale d’étude épidémiologique (CIRE) s’est empressée de fuir ses responsabilités. Alors qu’elle aurait pu s’appuyer sur les travaux de l’association et poursuivre la recherche engagée, avec des moyens scientifiques que les verriers n’avaient pas. On préfère les accuser de boisson et de fumerie que de regarder de près les conséquences de leur poly-exposition à l’amiante, aux hydrocarbures, solvants, silice, arsenic, benzène, HAP et autres perturbateurs endocriniens. Parmi ces ouvriers, quatorze maladies d’origine professionnelle ont été reconnues, certaines confirmées en appel. Parce que le patronat ne lâche rien, même en cassation où il est débouté !

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