Une part non négligeable de cancers d’origine professionnelle n’est pas déclarée par les assurés, notamment en raison d’une longue période de latence entre l’exposition aux facteurs cancérigènes et la survenue d’un cancer (20-40 ans), le caractère très souvent multifactoriel du cancer, l’absence d’information des médecins traitants sur l’origine professionnelle des cancers, les faibles liens des salariés avec les services de santé au travail, la méconnaissance des salariés des risques et de leurs droits ou leur découragement devant la complexité des démarches administratives (www.presanse.fr).

Certes, tout cela est vrai, mais l’analyse des causes reste notoirement insuffisante. La faiblesse des liens des salariés avec les services de santé au travail sous-estime surtout les liens de subordination des médecins du travail aux employeurs. Combien de dossiers médicaux du travail contiennent des informations sur les expositions toxiques au travail subies par les salariés sans protection ? Un nombre infinitésimal, comme le relèvent tous les spécialistes et les salariés tentés d’y rechercher l’information. Ainsi le salarié qui développe un cancer au moment de la retraite sera dans l’incapacité de faire la preuve de l’exposition toxique cause de sa pathologie pour faire reconnaître l’origine professionnelle de sa maladie.

Quant à la complexité des démarches administratives, aussi réelle, il faudrait également rappeler le réticence, voire le refus, du médecin du travail d’établir le certificat médical initial nécessaire à la déclaration en maladie professionnelle. Il faudrait aussi mettre en cause le rôle du Conseil de l’Ordre des médecins qui pourchasse tout praticien qui établirait le lien direct entre la pathologie et les conditions de travail ou d’exposition toxique, comme le montrent de récentes affaires. « L’objectif de l’Ordre des Médecins en favorisant le renoncement à un diagnostic d’origine professionnelle lors d’une « conciliation » piège ou par une contrition « à la chinoise » devant une chambre disciplinaire, est d’invisibiliser ou de nier les effets du management néo-libéral qui dénie la personne humaine », souligne le Dr Huez https://blogs.mediapart.fr/dominique-huez/.

Que demandent les organisations professionnelles UGICT-CGT, Solidaires, ass.SMT, USP, SMG, MIOP, ASD-Pro, venues soutenir le Dr Gael Nayt, qui, après un constat médical, a établi un certificat pour permettre au patient de restaurer sa santé ? L’arrêt des poursuites contre le Dr NAYT ; L’interdiction de la recevabilité d’une plainte d’employeur – tiers étranger à la relation médicale – devant l’ordre des médecins et sa transmission automatique au Procureur de la République ; L’obligation pour l’ordre des médecins, suite à une plainte d’employeur, de ne pouvoir l’instruire que si le patient est présent ou représenté (Contrairement à la loi Kouchner, ce n’est jamais le cas devant une chambre disciplinaire) ; La suppression de la juridiction « d’exception » des chambres disciplinaires ordinales qui démontrent encore une fois leur nocivité.

A la verrerie, le graissage des moules à 800° dégage une vapeur d’hydrocarbure hautement cancérogène, des HAP, toutes les 20 minutes. L’amiante y est largement utilisée. On notera que le tabac dégage aussi des HAP… ce qui favorise bien la non-reconnaissance en maladie professionnelle.

Parmi les 382 000 cancers diagnostiqués en 2018, 35 000 seraient d’origine professionnelle, selon les projections de l’Institut de veille sanitaire qui en estimait la part à 8,5 %. Sur ce total, très approximatif, sans doute très sous-estimé, seulement 1840 sont reconnus chaque année en maladie professionnelle. Selon le Haut Conseil de santé publique (2008), les cancers imputables à l’amiante, au benzène, aux rayonnements ionisants et aux poussières de bois couvrent à eux seuls 98 % des cancers d’origine professionnelle indemnisés. Selon l’Institut national du cancer (INCa, 2012), plus de 60 % des cancers du poumon et 80 % des leucémies d’origine professionnelle ne seraient pas déclarés et donc reconnus et indemnisés au titre des maladies professionnelles. A force de répéter sur tous les tons que le tabac serait responsable de 80 % des cancers du poumon, le corps médical et les instances dédiées de la Sécurité sociale culpabilisent les victimes plutôt que de leur permettre de reconstituer leur parcours professionnel et identifier les conditions d’exposition aux cancérogènes. Le régime général de la Sécurité social est dédommagé de la sous-déclaration des maladies professionnelles à hauteur d’un milliard. Dans le domaine de la recherche, les intérêts privés n’investissent pas dans la recherche sur les risques professionnels et le public est à la traîne.

dapibus ipsum in luctus vel, felis sit