« La situation est sous contrôle », considère la direction de la SNCF, mais 22 ans près l’interdiction de l’amiante cheminots et inspection du travail prennent les choses en main et la confiance dans la direction s’érode. Dans des wagons de fret partout en France, depuis juillet 2018, plusieurs pièces contaminées à l’amiante ont été découvertes. La polémique a éclaté fin juillet 2019 dans l’atelier de maintenance d’Ambérieu-en-Bugey (Ain), où le syndicat SUD-Rail a déposé un droit d’alerte pour danger grave et imminent. Mais Ambérieu n’es pas un cas isolé.

Mandaté par le CSE, le cabinet Ergonomnia réalise une expertise sur les sites voisins d’Ambérieu et de Sibelin (Rhône), remise le 28 juin dernier. Consulté par la revue mutualiste Santé & travail, le document pointe du doigt les « failles importantes » dans « la manière dont l’entreprise a géré cette problématique ». Selon celui-ci, la SNCF « s’est reposée sur les attestations de non-présence d’amiante, délivrées par des fournisseurs de pièces de wagon, reçues entre 1980 et 1985. » En déterminant, peut-être un peu trop vite, que toutes les pièces contaminées avaient disparues, « l’évaluation défaillante de 1997 a conditionné toute la politique de prévention pour les vingt années qui ont suivi, éteignant toute vigilance concernant la persistance éventuelle d’amiante dans ces organes de friction ».

Comme l’État (écoles, lycées et collèges amiantés, et tous les autres patrons, la SNCF tente à bon compte de dégager ses responsabilités en matière de sécurité des travailleurs. Mais ceux-ci, épaulés par leurs organisations syndicales n’envisagent pas de laisser tomber l’affaire. La situation est plutôt « sous le contrôle » des travailleurs. C’est plus sûr !

La SNCF a déjà été condamnée pour la première fois en 2014 au titre du préjudice d’anxiété dans une affaire concernant huit salariés d’un sous-traitant au Mans (Sarthe). Le 11 juillet 2017, elle a été condamnée à verser 60 000 euros à chacun des 72 salariés ou ex-salariés du technicentre de Romily-sur-Seine dans l’Aube. Pendant 12 ans, ces cheminots ont été exposés à l’amiante alors qu’ils travaillaient dans des « ateliers de démantèlement et de maintenance de rames » qui étaient « contaminés par l’amiante ». Le 9 mars 2017, 294 plaintes en pénal ont été déposées à Lyon, sous l’impulsion de la CGT, pour mise en danger de la vie d’autrui au technicentre d’Oullins. Il y a de grandes chances pour que le parquet de Lyon décide d’ouvrir une instruction. Ce qui sera le premier pas dans une longue bataille. « On sait que l’on part sur une procédure de plusieurs années ». Au moins une trentaine de personnes du technicentre sont tombées malades en travaillant au contact de l’amiante, présente non seulement dans les anciens bâtiments mais aussi dans les moteurs des locomotives électriques. Depuis 2007, 14 personnes en sont mortes.

Réfection et maintenance des wagons, moteurs et locomotives, même si la direction considèrent que certains de ces wagons ont très peu servis et sont retirés de la circulation elle ne saurait être exonérée de ses responsabilités car une multitude d’autres pièces sont amiantées… même si les fournisseurs ont pu produire des attestations contraires. Il reste à procéder à un inventaire complet des quelques 30 500 wagons à bogies…

Près de 350 ouvriers du port de commerce de Brest ont manifesté, pour exiger le maintien de la reconnaissance d’exposition à la poussière d’amiante. Le Télégramme, 25/09/2018.

Le combat ne fait que commencer et prend de l’ampleur. Il faut retrouver les milliers de cheminots actifs et retraités potentiellement touchés. Il faut réaliser des fiches d’exposition à l’amiante et une procédure d’accompagnement individuel. Rien que pour le site d’Ambérieu, « le recensement des personnels étant ou ayant été exposés n’est pas encore finalisé, répond la SNCF. La rédaction des fiches d’exposition à l’amiante nécessaires à ce recensement implique la réalisation de prélèvements et de mesures particulières d’ambiance dans plusieurs situations de travail. » Les méthodes de prélèvements et mesures particulières font pour l’instant débat entre la direction de l’entreprise, les organisations syndicales locales et l’inspection du travail. La réalisation du recensement au niveau national n’est pas pour tout de suite, et il n’avancera qu’au pas de la lutte des cheminots pour le respect de leur santé.

Sources : www.20minutes.fr/ ; www.ouest-france.fr/ ; www.leprogres.fr ;

vulputate, vel, Lorem nec libero lectus felis ut ante. porta.