Une enquête d’un collectif de journalistes régionaux, baptisé Data + Local, relance le débat sur les liens controversés entre médecins et laboratoires. Et dévoile que 170 millions d’euros, auraient été reçus par les CHU de la part de laboratoires pharmaceutiques en 2018. Au total, plus de 1,36 milliard d’euros de dons, rémunérations ou avantages ont été versés durant la même année pour l’ensemble des professionnels de santé français, dans le public comme le privé, selon les chiffres de la base Transparence Santé, mise en place dans la foulée du scandale du Mediator et rendant obligatoire les déclarations de tout don de plus de dix euros.

L’enquête se concentre plus particulièrement sur les 30 000 praticiens des 32 CHU du territoire. Plus de 92 millions ont été versés aux professionnels de santé exerçant dans ces établissements, auxquels s’ajoutent quelque 78 millions d’euros versés au titre notamment de conventions passées entre les CHU et les laboratoires.

Contacté par l’AFP, les laboratoires ne démentent pas et se justifient. Sanofi fait valoir que ces sommes correspondent essentiellement à une coopération pour la recherche. « Les relations de travail entre les CHU et les entreprises du médicament sont indispensables pour mettre au point de nouveaux médicaments et les tester dans des essais cliniques », précise l’entreprise. Novartis, le géant suisse, se défend de faire tout cadeau, « ni grand ni petit », et dit même être le premier contributeur en termes d’essais cliniques en France. « Il est impossible pour une entreprise telle que Novartis de développer des médicaments performants et de répondre aux conditions draconiennes de sécurité pour les patients sans nouer des relations de travail étroites avec les professionnels de santé exerçant dans les CHU ». Évidemment, cela sent le conflit d’intérêts.

L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) précise que des progrès importants ont été accomplis ces dernières années pour la prévention des conflits d’intérêts. Martin Hirsch, son directeur général, cite plusieurs mesures dont la mise en place de partenariats institutionnels avec des laboratoires « évitant des rétributions directes de l’industrie vers des praticiens », « une gestion beaucoup plus active des cumuls d’activité » pour les praticiens, ou encore l’interdiction « des visites individuelles promotionnelles de l’industrie pharmaceutique et des industriels des dispositifs médicaux ». Contactée par « le Quotidien du Médecin » la conférence des directeurs généraux de CHU n’a pas souhaité répondre.

Dans le même temps, mille médecins menacent de démissionner de leurs fonctions administratives et déclarent dans une lettre à leur ministre de tutelle : « On ne veut plus cautionner la dégradation du service public ». Deux d’entre eux ont raconté leurs motivations à www.francetvinfo.fr/ (14/01/2019).

« Je garderai mes fonctions de médecin, je garderai mes fonctions universitaires mais je n’assurerai plus aucune collaboration avec l’administration », lâche le professeur Philippe Lévy. Le médecin est ferme : si lundi 20 janvier la ministre de la Santé n’a pas répondu ou reçu une délégation de médecins, il démissionnera de ses fonctions de chef du service de pancréatologie à l’hôpital Beaujon, à Paris. Ce Professeur fait partie des mille médecins de l’hôpital public qui menacent de démissionner de leurs fonctions de chef de service ou d’autres responsabilités administratives si Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, ne débloque pas davantage de moyens financiers pour l’hôpital. 660 d’entre eux avaient annoncé leur intention le 15 décembre dans une tribune publiée dans Le journal du dimanche. « Je veux que l’État comprenne que nous ne sommes pas des machines », ils racontent pourquoi l’hôpital public est en état d’urgence.

L’état d’urgence des hôpitaux explique aussi pourquoi les laboratoires pharmaceutiques profitent de l’aubaine pour imposer leur influence, au détriment du budget de la Sécurité sociale.

Source : www.lequotidiendumedecin.fr/; https://collectif-datalocal.github.io/ ; www.transparence.sante.gouv.fr

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