Même en réduisant considérablement les dommages et intérêts que le groupe devra verser au plaignant Dewayne Johnson, les magistrats de la cour d’appel de Californie ont néanmoins, une nouvelle fois, maintenu que le Roundup avait bien causé le cancer de M. Johnson, contrairement à ce qu’affirme Bayer. M. Johnson, la victime, avait abondamment utilisé Roundup et RangerPro dans le cadre de son travail, pendant deux ans, à partir de 2012.

Mauvaise nouvelle pour la multinationale de la chimie qui met en même temps sur la table dix milliards pour éteindre les milliers de plaintes à l’égard de son herbicide cancérogène. En août 2018, un jury populaire du tribunal de San Francisco avait conclu que Monsanto avait agi avec « malveillance » en cachant le caractère potentiellement cancérigène du glyphosate, principe actif du Roundup, et que ce désherbant grand public et son équivalent professionnel RangerPro avaient « considérablement » contribué à la maladie de Dewayne Johnson, 48 ans, qui est en phase terminale. Ce procès était le premier mettant sur le banc des accusés les produits au glyphosate de Monsanto, contre lesquels plus de 125 000 plaintes liées au glyphosate ont été déposées aux Etats-Unis contre le groupe agrochimique et pharmaceutique allemand, qui a racheté Monsanto en 2018.

L’un des avocats de M. Johnson a qualifié cette décision de « nouvelle grande victoire », attribuant la nouvelle réduction des dommages punitifs à une « anomalie » des textes de loi californiens, car la réduction décidée des indemnisations ne valide par pour autant la thèse de Bayer défendant la non-dangerosité de son produit phare. Monsanto et son repreneur Bayer continuent de réaffirmer que le Roundup est un produit sûr et efficace, une « position soutenue par quarante ans de résultats scientifiques ». Alors que nombre d’experts soulignent que les « résultats scientifiques » en question sont le fruit de publications obtenues à grands coups de subventions et de témoignages d’experts soudoyés. Le fait de mettre dix milliards sur la table pour faire éteindre les poursuites et obtenir la poursuite de cette production cancérigène, souligne assez que l’entreprise n’est pas aussi sûre de ses « quarante ans de résultats scientifiques ». D’autant moins que le glyphosate a été classé en 2015 « cancérigène probable » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cet acharnement du chef de file des industriels fabricants de produits « phytosanitaires », selon leur appellation, contre les défenseurs de l’environnement et les victimes de leur commerce met un peu plus en lumière le combat qui se mène au plan mondial et singulièrement en Europe. Au moins 654 entreprises n’y respectent pas la réglementation sur les substances chimiques. Elles emploient massivement des substances de synthèse qui enfreignent le règlement Reach et sont donc potentiellement dangereuses. L’Allemagne compte le plus de sociétés contrevenant au règlement Reach censé protéger la santé et l’environnement des Européens.

Selon www.lemonde.fr (21/05/2019), la scène se passe en novembre 2018 au Parlement européen, à Strasbourg. Auditionné devant la commission environnement et santé publique, le directeur de l’Agence européenne des produits chimique (ECHA), Bjorn Hansen, finit par admettre que les deux tiers des dossiers instruits par ses services ne sont pas conformes à la réglementation Reach (pour Registration, evaluation, authorisation and restriction of chemicals en anglais, ou « Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques ») censée protéger la santé et l’environnement. Passé au grill par des députés qui dénoncent un « dieselgate de l’industrie de la chimie », en référence à la fraude des constructeurs automobiles sur les émissions de gaz polluants, le patron de l’ECHA refuse cependant de livrer le nom des entreprises contrevenantes et des produits concernés. Les entreprises fraudent, mais il ne faudrait pas le dire ! Le combat des victimes et de leurs associations est salutaire lorsque l’on connaît les risques engendrés par les produits chimiques pesticides, herbicides, fongicides, insecticides et autres raticides homicides…

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