Aux fumées d’hydrocarbures 3 à 4 fois par heure, pendant 24 ans !

Le tabac tue, on le sait. La France compte près de 16 millions de fumeurs. Un tiers des personnes de 15 à 85 ans (32 %) fume ne serait-ce que de temps en temps. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, avec environ 73 000 décès chaque année. En moyenne, un fumeur régulier sur deux meurt prématurément des causes de son tabagisme. Il n’existe pas de seuil au-dessous duquel fumer ne représente pas de risque. Le risque d’être victime d’un cancer du poumon dépend du nombre de cigarettes que l’on fume chaque jour, mais également de l’ancienneté de son tabagisme. http://www.tabac-info-service.fr. Loin de nous la volonté de minimiser les risques du tabac, mais de grâce n’acceptons pas qu’il permette de nier les risques professionnels.

Maurice B. à qui l’on refuse la reconnaissance d’une pathologie du poumon en maladie professionnelle voit sont dossier examiné par la Comité régional de reconnaissance en maladie professionnelle (CRRMP) de Dijon. Arguant d’un « facteur de risque extra professionnel majeur établi », le Comité rejette l’origine professionnelle à partir d’une « BPCO post-tabagique typique avec emphysème diffus prédominant au niveau des sommets chez un ex grand fumeurs +++ (50 à 64 paquets année) ». Regardons de plus près.

Qu’est qu’un grand fumeur ? Généralement on parle de « gros » fumeur lorsque la consommation est supérieure à 20 cigarettes par jour, selon http://www.tabac-info-service.fr/. Hors, selon l’information communiquée par la décision du CRRMP ci-dessus, notre homme fumait, il y a trente ans, « (50 à 64 paquets par années) ». Un petit calcul ramène à une consommation quotidienne de 2,7 à 3,5 cigarettes par jour ! Soit six à sept fois moins que ce que l’on appelle un « gros » fumeur. N’ayant pas peur des qualificatifs, le CRRMP de Lyon aura lui considéré le « risque extra-professionnel majeur établi » pour rejeter la même reconnaissance, sans autre indication. Peut-être n’était-il pas convaincu de la pertinence de la cause « majeure ». Une répétition de perroquets car dans plusieurs délibérations de CRRMP de Lyon, Dijon, Clermont-Ferrand, auxquels auront été soumis des dossiers de verriers victimes de pathologies, nous retrouvons le même argument choc, mais aussi peu étayer. La même attitude du corps médical de décideurs sera développée pour rejeter la reconnaissance de l’origine professionnelle d’un cancer de l’œsophage.

Par contre, les uns comme les autres, auront soigneusement évacuées les conditions de travail auxquels furent soumis ces hommes durant des dizaines d’années à la verrerie de Givors. Pourtant un point commun rassemble cigarettes et fumée d’hydrocarbure. Lors de la combustion, ces deux substances produisent des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) causes majeures de cancers. Mais les CRRMP ont « oublié » d’explorer cette question. Pourtant Maurice B. a graissé des moules de verrerie à 800° pendant 24 ans – et ce 3 à 4 fois par heure dégageant des vapeurs d’huile dont aucun dispositif ne le protégeait. Les vapeurs d’hydrocarbure sont classées 2a et 2b par le Centre International de recherche sur le cancer et la Sécurité sociale en reconnait les risques dans les tableaux n° 4, 4bis, 15 ter, 34 et 36. Le « risque majeur » n’était-il pas là ?

Dans une étude menée en 2013 sur quatre verreries de Rhône-Alpes – travaillant comme à Givors – la CARSAT pouvait conclure : « Force est de constater que le risque chimique est très présent dans la fabrication du verre creux ». Élément que retient le Tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Lyon, dans une autre affaire de verrier (décision du 19/11/2014), soulignant en outre que les CRRMP « consultés ont rendu des avis dont la motivation est trop succincte pour rendre compte des éléments du dossier ». Le TASS énumérant ensuite tous les éléments factuels du dossier pas pris en compte par le CRRMP pour étayer son avis. Comme une habitude.