Le journal Le Monde (12/11/2019) nous révèle une information qui devrait faire réfléchir beaucoup de politiques et praticiens qui ne jurent que d’Intelligence artificielle et de Dossiers médicaux partagés, avec Google ils vont être servis. « Le géant du numérique assure que le partenariat avec Ascension révélé par le « Wall Street Journal », qui lui donne accès aux données médicales de millions de patients sans leur consentement, est légal. »

Selon le Wall Street Journal mardi 12 novembre « Nightingale, le projet secret de Google, amasse les données personnelles de santé de millions d’Américains ». Selon le quotidien américain, « les patients n’ont pas été informés » de cette transmission d’informations personnelles. Evidemment.

Via sa plate-forme d’hébergement de données en ligne (Google Cloud), le géant du numérique a en effet signé un accord avec Ascension, l’un des plus gros acteurs de la santé aux Etats-Unis, qui exploite deux mille six cents sites de soins, dont cent cinquante hôpitaux et cinquante maisons de personnes âgées. Le contrat – le plus important négocié par Google dans le secteur – prévoit le transfert des dossiers médicaux complets : identité des patients, diagnostics, résultats d’examens, antécédents. Le but est notamment de tenter de développer, grâce à l’analyse des données et à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), des outils permettant de suggérer aux médecins des examens complémentaires, des prestations supplémentaires ou des traitements, voire d’identifier des anomalies dans le parcours de soins, explique le Wall Street Journal. Voire plus, car l’objectif de Google est de faire du business, du fric.

Le Wall Street Journal révèle que les dossiers de millions de patients sont désormais accessibles à plus de cent cinquante employés de Google, qui a dans le passé parfois été montré du doigt pour des problèmes de protection des données. Cet accord dans le domaine sensible de la santé avec un géant du numérique interroge au regard des nombreux scandales récents liés au respect de la vie privée, dont l’affaire Cambridge Analytica chez Facebook. Le contrat met aussi de nouveau en lumière les limites de l’arsenal de protection des données aux Etats-Unis.

Veut-on cela pour les Français ? Le quotidien du médecin (28/11/2019) révèle une situation guère brillante pour les millions de données de patients français déjà enrôlés dans les Dossiers médicaux partagés (DMP) et les données numérisées dans les hôpitaux, centres de soins et cabinets médicaux. Même la ministre de la santé, monte au créneau lors du lancement de la campagne anti-piratage à l’hôpital intitulée « Tous cybervigilants ». C’est dire l’inquiétude, non pas du pouvoir qui travaille déjà largement pour le privé, mais dans les milieux médicaux. A juste titre. Faisant notamment référence à l’attaque informatique survenue au CHU de Rouen à la mi-novembre, la ministre a précisé vouloir placer la cybersécurité « au sommet de nos priorités ». Dans cet objectif, elle a lancé cette campagne d’information et de sensibilisation.

En scandant « A l’hôpital le numérique est partout. Ensemble rendons le plus sûr », cette campagne à destination des établissements de santé vise à inciter les professionnels à déclarer systématiquement les incidents qu’ils rencontrent et se faire accompagner pour les régler. Une liste de règles clés a par ailleurs été élaborée pour aider les hôpitaux à se prémunir d’une cyberattaque. Mais les règle suffiront-elles ? Après la ministre, le directeur général de la CNAM, a fait l’étalage des outils développés dans le cadre de ce virage numérique. Espace numérique de santé, dossier médical partagé (DMP), e-carte Vitale, e-prescription, Health data hub (Les données sur la santé sont concentrées là), affichant sa satisfaction : « Nous avons désormais un cadre de cohérence ».

La veille, le président de l’Association pour la promotion de la sécurité des systèmes d’information en santé (APSSIS), indiquait qu’un incident survient chaque semaine dans un établissement de santé. L’expert pointait notamment la vétusté du matériel de beaucoup d’hôpitaux français : « Certains CHU ont 8 000 postes sur 15 000 en Windows XP, 17 000 failles ont déjà été identifiées dans ses programmes ». Un écho au milliers de manifestants en blouses blanche qui réclament dans la rue des moyens pour l’hôpital et aux milliers d’urgentistes en grève depuis des mois. Pour lesquels le pouvoir des riches n’est pas disposé à lâcher les milliards nécessaires à la modernisation de la santé.

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