C’est Ambroise CROIZAT, ministre communiste du travail à la Libération, père fondateur de la Sécurité sociale qui prononça cette phrase emblématique, d’une brûlante actualité. Jean Herquin, membre du bureau de la Coordination des associations de victimes de l’amiante et des maladies professionnelles (CAVAM) devait le rappeler à Paris, le 22 mars, devant la Cour de cassation où les salariés de l’EDF, victimes d’expositions à l’amiante, étaient venus exiger le respect de leurs droits. Plusieurs centaines de militants pour la reconnaissance des maladies professionnelles étaient venus les soutenir dans ce combat qui concerne tous les travailleurs.

« C’est bien de la lutte des classes qui oppose ceux qui ne sont rien à ceux qui possèdent tout. Ces derniers ne nous ont jamais rien consenti de gaieté de cœur. Il a toujours fallu se battre pour leur imposer des revendications sociales qui améliorent nos conditions d’existence, aussi bien au travail que dans la cité. Il en va des problématiques « amiante » comme du reste. De l’interdiction d’utiliser la fibre tueuse, à la loi promulguant la possibilité du départ anticipé à la retraite pour les exposés, en passant par la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, tout n’a été que luttes, et tout ne sera que luttes pour empêcher les remises en cause et les retours en arrière. En ce sens, la reconnaissance et l’indemnisation du préjudice d’anxiété est bien un conquis social qu’on est allé chercher par nos luttes, au cas par cas, avec le concours de nos cabinets d’avocats qui ont été déterminants. Comme ils le sont dans les combats juridiques qu’ils mènent aux cotés des victimes de l’amiante et de leurs associations, depuis plus de 20 ans. »

De la centrale thermique de Loire-sur-Rhône, 25 000 tonnes de béton et 15 000 tonnes de ferrailles seront recyclées et 490 tonnes d’amiante sont été évacuées.

Et le responsable de la coordination devait poursuivre : « Comme pour tous les conquis sociaux, le MEDEF, les directions d’entreprises nationales et les ministères, qu’ils soient de droite ou sociaux démocrates, ne l’ont jamais accepté de plein gré. Dès le départ, ils se sont arc-boutés avec plus ou moins de force pour lui barrer la route, puis en atténuer la porté. Depuis quelques années maintenant, à la faveur d’une recomposition politique qui lui donne des ailes, le patronat ne manque jamais une occasion de tenter d’en réduire le champ d’application et le niveau d’indemnisation, jusqu’à ambitionner sa disparition pure et simple à la faveur d’une loi ou d’une jurisprudence de la cour suprême. C’est en partie cela qui se joue en ce moment à la cour de cassation. Le MEDEF ayant fait pour l’occasion d’EDF son cheval de TROIE. »

En effet, pour les tenants de l’économie de marché, l’indemnisation du préjudice d’anxiété est un non sens. Comme le sont également les conquis sociaux issus du programme du Conseil national de la résistance (CNR) au sein duquel se trouvait en bonne place notre Sécurité sociale, Cette institution remarquable, inventée et réalisée par des hommes aux idéaux affirmés, dans un pays exsangue de tout, qui nous est enviée aujourd’hui par de nombreuses nations et qui est attaquée de toutes parts, sur ses fondements, afin de livrer au secteur assurantiel la manne financière qu’elle représente. « Les conquis sociaux à défendre sont les enjeux de cette décennie ! »

Et de rappeler une évidence : « MACRON et son gouvernement ont une feuille de route : la refonte/démolition du code du travail, la baisse du budget de la Sécurité sociale, la remise en cause des APL et l’augmentation du forfait hospitalier, la hausse de la CSG pour les retraités et les fonctionnaires, la fusion des juridictions de proximités avec la liquidation des prud’hommes en ligne de mire, jusqu’à l’adoption ces jours-ci d’une loi liberticide qui restreint d’avantage le droit de manifester, dans le même temps où les gilets jaunes sont copieusement matraqués, estropiés par dizaines, pour avoir l’outrecuidance de descendre dans la rue et crier leur mal vivre quotidien. »

Les combats des victimes de l’amiante atteintes ou pas de pathologies, mais toutes en sursis au regard du temps de latence des maladies résultants de la fibre tueuse, participent, avec leur originalité, à ce mouvement pour l’émancipation humaine tant il est vrai que « nos vies valent mieux que tous leurs profits ».

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