Imposer aux entreprises la communication des informations sur les risques avérés auxquels sont exposés les salariés !

Charlotte Lecocq, députée du Nord, a présenté un rapport sur la santé au travail (rédigé avec Henri Forest, ancien secrétaire confédéral de la CFDT et Bruno Dupuis, consultant en management) qui préconise la création de guichets uniques régionaux pour simplifier, améliorer la prévention des salariés et mieux accompagner les entreprises.

Devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, la députée a exprimé son ressenti « du terrain ». Elle a constaté que les services de santé au travail, connus de tous, étaient les acteurs « naturels » de proximité. Pour autant, leur image est entachée car pour le salarié, le médecin du travail n’est pas « l’interlocuteur privilégié » et il n’ose pas toujours lui faire part de ses problèmes comme il le ferait avec son médecin généraliste. La députée ne va pas jusqu’à constater que le médecin du travail a souvent l’image, chez les salariés, d’un agent patronal chargé de contrôler sa bonne « aptitude au travail » (www.lequotidiendumedecin.fr/). Le médecin du travail – salarié du patron ou employé d’une association financée par le patron – reste subordonné à l’employeur, il ne peut se détacher de cette image. On compte actuellement 250 services de santé au travail interentreprises et 640 services de santé autonomes pour 18 millions de salariés.

Pour garder une proximité avec le salarié, ils espèrent aussi pouvoir miser sur le dossier médical partagé (DMP). « Nous proposons qu’il soit ouvert avec un volet sur les risques professionnels, explique Henri Forest. Il y a deux obstacles pour le moment, un obstacle législatif qui empêche d’ouvrir le DMP aux acteurs de la santé au travail, et un obstacle dans la mentalité, car il y a cette césure entre généralistes et services de santé au travail. Il faut s’en affranchir pour que le parcours d’une même personne soit continu. » L’ancien secrétaire confédéral de la CFDT aurait pu rajouter l’obstacle patronal.

Les verriers de Givors connaissent bien cette difficulté, eux qui ont consulté leurs dossiers de médecine du travail sur 20 ou 30 ans, où, pas une seule fois, ne figurent les risques auxquels ils ont été exposés : amiante, silice, hydrocarbures, arsenic, cancérogènes, sont des mots tabous dans les dossiers médicaux d’entreprises. Ce n’est pas un Dossier Médical Partagé (DMP) aussi déficient en matière de connaissance sur les risques professionnels qui apportera au médecin généraliste les informations précieuses qui lui manquent. Il est nécessaire d’aller plus loin, bien plus loin et d’imposer aux entreprises la communication des informations sur les risques avérés auxquels sont exposés les salariés. Faire appliquer les exigences inscrites dans le Code du travail ! Le gouvernement Macron – président des riches – en a-t-il la volonté politique ? Rien n’est moins sûr.