L’Assemblée nationale vient de débattre et voter la création d’une plateforme des données de santé baptisée « Health Data Hub » (en Anglische, moche et stupide pour un « Centre de données sur la santé » mis au point par une assemblée nationale française!). Le gouvernement entend multiplier les possibilités d’exploitation de ces informations privées, notamment pour la recherche et le développement de l’intelligence artificielle. Cette création fait suite au rapport Villani sur le sujet.

Si la ministre de la santé, au cours du débat parlementaire, a évoqué un « usage innovant » des données de santé qui va « améliorer l’intérêt public », elle a surtout tenté de rassurer les députés. En mettant en avant « la préservation d’un haut niveau de protection de la vie privée », en insistant particulièrement sur « le système le plus sécurisé et le plus anonyme qui soit possible », Agnès Buzin n’a guère convaincu les élus de la gauche. On sait depuis longtemps que des institutions hautement sécurisées, comme des banques et des organisations militaires à travers le monde ont déjà été l’objet de piratages informatiques sévères. Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC) précise et confirme sur son site www.interpol.int/fr/ : « La cybercriminalité évolue à un rythme incroyablement soutenu, et de nouvelles tendances ne cessent d’apparaître. »

Le député communiste Jean-Paul Lecoq a réclamé des garde-fous, rappelant que le « risque zéro n’existe pas », mettant au défit la ministre de démontrer que le système ne sera pas, par exemple, soumis à un risque de cybercriminalité. L’élue de La France Insoumise Caroline Fiat a demandé la suppression de l’article qui « libéralise » la gestion des données alors que précisément les géants du numérique « lorgnent sur les données de santé ».

Le projet ne vise pas moins que de rassembler en une seule base les données de santé des Français, aujourd’hui dispersées. Loin de rassurer sur la finalité du projet, le rapporteur Thomas Mesnier, député macroniste, a rappelé qu’il s’agissait là d’« un pivot de la stratégie d’intelligence artificielle ». Un amendement du gouvernement est venu éclairer l’intérêt pour les start-up d’un tel projet : la plateforme permettra « d’accompagner y compris financièrement, les porteurs de projets sélectionnés ». Un autre amendement de la droite (MoDem) envisage d’ajouter aux informations qui peuvent être recueillies, celles des services de la Protection maternelle et infantile (PMI), de la médecine scolaire ou de la médecine du travail.

La médecine du travail est particulièrement intéressée à cette base de données sur la santé des Français. Mais lorsqu’il s’agit d’alimenter par elle-même la connaissance de la médecine générale sur les risques contractés par les salariés sur les postes de travail, là elle est beaucoup moins pressée. Préserver les « secrets de fabrication », appelé aussi « secret des affaires » et surtout le secret des empoisonnements au travail reste son obligation première, comme le rappellent certains médecins-inspecteurs des directions régionales du travail, quand il s’agit de délivrer les dossiers médicaux du travail aux salariés. Les verriers de Givors connaissent bien cette situation. Dans l’état actuel des rapports de subordination de la médecine du travail à l’égard des directions d’entreprises, permettre aux médecins du travail l’accès aux données numérisées de la plateforme, c’est leur donner la possibilité de mieux sélectionner la main-d’œuvre.

Le psychanalyste Roland Gori rappelle que la technique n’est pas en soi synonyme de solution à tous les problèmes, car de la « colonisation par le numérique des espaces sociaux » peut surgir « un monde ou l’humain sera obsolète ». Pour le psychanalyste, ce processus d’aliénation est largement entamé avec l’usage mercantile de nos données personnelles. Y ajouter les données de santé, voilà qui ouvrira de grands espoirs de profits nouveaux et colossaux pour les multinationales. Méfions-nous de ces gens qui nous veulent du bien…

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